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••• É𝐜𝐨𝐭 𝐝𝐮 𝐒𝐢𝐥𝐞𝐧𝐜𝐞 •••

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😷 Littéra'tueur en série non homologué 😜


Un miracle en enfer

Publié par ¤Fil@ment¤ sur 5 Juillet 2010, 01:21am

Catégories : #Avenant aux con*trats... vaillants

 

          La chanson commençait par quelquechose comme "I can see it in your eyes". Comme si les yeux d'une morte pouvaient encore parler après avoir côtoyé la vie sans air dans les bronches. Ici l'on étouffe de ne respirer que le souffre; là d'où vient cette pauvre enfant, on ne devait souffrir qu'en brassant de l'air. En ventilant les mille et une raisons qui ont fait que cette jeune fille n'ouvrira plus jamais les yeux. Des raisons qui l'ont certainement conduite à espérer trouver le réconfort dans le meurtre de soi. Qu'en dîtes-vous, Monsieur le Tansistor ? Voulez-vous que l'on repasse cette musique des bas-fonds ? Bien sûr, nous aimerions tous que ce soit une musique du ciel, de celles que nous vendent ces publicités maladives qui ne conçoivent l'art que dans le profit immédiat qu'il procure aux producteurs. Bien sûr, nous voudrions tant pouvoir dire de cette enfant qu'elle est partie comme elle a vécu : des rêves pleins la tête. Qu'elle en est même partie remise. C'est sans doute ce que certains esprits bien intentionnés traduiront par : 'mourir avec ses idées'. Mais, à votre avis, Mesdames et Messieurs les Mange-Disques, avait-elle plus de chance de mourir avec ses idées que d'idées pour mourir ? Avait-elle seulement le besoin inné de ne pas vouloir voir la prochaine  heure et d'atterrir dans le cloaque de cette paroisse souterraine, où la seule musique à peu près supportable est celle qui précède la levée des corps dépourvus d'air dans les bronches ? Si souterraine en cette église macabre est ce son délabré. Et si morbide est ce simulacre de son que ceux d'en-haut se bousculeraient pour définir le registre exact de la musique underground...  Mais, nous voyons cette jeune âme, et nous ne pouvons nous empêcher de nous interroger. Les réponses, nous les aurons sans doute à son réveil. Même si elle n'est pas censée avoir de réveil à disposition.

Ainsi... Qu'a-t-elle fait de si innocent qui ait mérité qu'elle se sacrifie pour la postérité des gloires d'un jour ? Quel genre de musique désirait-elle écouter plus que tout autre ? Et quel instrument plus coupant qu'un tube de comprimés pouvait bien sonner le glas de ses espoirs déçus de n'être jamais qu'une icône balafrée au service d'un mythe impossible, une groupie maladive dont le seul parcours au milieu du gué de sa si brève existence suffit à justifier l'assassinat des commanditaires de son état présent ? Regardez-la bien, Madame Piano, regardez comme ses yeux chantent pour qui sait y voir. Et vous, Monsieur Guitare, admirez le sourire satisfait qui veut à tout prix s'emparer de ses lèvres déjà bleuies. Croyez-vous qu'elle serait heureuse de son sort si elle vivait encore la seconde d'après l'écoute de votre album ? Je vous le demande, en votre âme et conscience, vous qui en avez pour mille : pourquoi avoir laissé vivre la fange du show-business et permis que le roseau qu'était cette enfant sortant de l'ordinaire en vienne à se plier si vite entre deux écouteurs ? Ne ressentez-vous aucune honte à la vue de son corps sans vie dans les bronches ? Votre seule ambition dans la vie se résume-t-elle à cumuler les disques d'or en n'ayant jamais à vous demander d'où vous vient l'inspiration lorsque vous utilisez des millions d'autres cadavres pour assouvir votre besoin de reconnaissance ?

Non, ne nous égarons pas. Quoi qu'il en soit, pour un peu, nous tous dans cette assemblée nocturne, bien loin dans les entrailles de la terre au-dessus, serions impatients d'écouter votre prochaine lubie, que nous n'écouterions aux seules fins d'identifier la Muse qui y a apporté, malgré elle, son écot. Son tribut sans retour. Et, pour n'avoir pas dans un proche avenir à subir cet ultime affront de votre part, il serait judicieux que le  Grand Conseil de l'Art Venimeux vous déclare définitivement inaptes à la conception, la production et la commercialisation d'autres décaves à prétention mélodieuse. Et, puisqu'en son sein elle dispose du droit de vie et de mort sur les décédés par omission, nous croyons aussi pouvoir ajouter que justice serait intégralement rendue si la vie était de même avec cette jeune fille : rendez-lui lui le souffle de l'air dans les bronches, rendez-lui service, rendez-lui l'espoir de créer bientôt; rendez-lui ses souvenirs, ses avenirs, ses amours, ses ennemis. Rendez-lui son air. L'air de cette chanson qu'elle s'époumonnait à chantonner avant de rencontrer de si vils plagieurs. Soyez de mêche avec la flamme qui l'a habitée si intensément mais bien trop promptement : laissez-la à nouveau pouvoir se regarder dans sa glace et lui chanter I can see it in your eyes... Ils sont beaux, ses yeux, qui plus est, n'est-ce pas ?

Vous savez, il est vraiment plus que temps d'interdire que l'on puisse bâtir des carrières sur des cadavres. Et, soyez sans crainte, autres vautours, nous nous occuperons de votre cas bien assez tôt, quand nous en aurons fini avec ceux-là. Messieurs les Expédients, veuillez procéder, nous vous prions. Enlevez tout l'air des bronches de ces monstres séraphiques indignes de leurs pairs que nous sommes supposés représenter dans ces bas-fonds qui n'ont pas de sous-sol. Seulement des plafonds. Des myriades de plafonds. Ce qu'on étouffe ici... Quelqu'un veut bien allumer la cheminée ? Le froid qui y règne ravivera le souffle de cette enfant aux multiples talents. Et vous verrez qu'elle ne nous décevra pas. De toutes manières, si elle se perd en attrapant la gloire qu'elle mérite pourtant, nous sauronns lui remettre les pieds sur terre. Pardon, sous terre ! Mais... nous savons qu'un miroir ne ment jamais, il a souvent plus d'air dans les bronches que l'image dont il donne la copie presque conforme. Juste une question de profil, n'est-ce pas ?

I can see it in your eyes....

Non, c'est certain, elle ne nous décevra jamais. Pas elle. Elle est bien trop Muse pour accepter d'être simple nymphette au royaume des starlettes. Regardez, ses yeux se rallument ! Oh, quelle explosion créatrice... Vite, vite, qu'on la ramène dans ses rêves : elle commence tout juste à les vivre.

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