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••• É𝐜𝐨𝐭 𝐝𝐮 𝐒𝐢𝐥𝐞𝐧𝐜𝐞 •••

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😷 Littéra'tueur en série non homologué 😜


Sur la Voix Ferré...

Publié par ¤Fil@ment¤ sur 5 Mai 2013, 04:10am

Catégories : #*L'autre Moitié du Monde*, #~*~ azur@etoile.net ~*~, #Poétisanes !, #Fou Aliénor !, #{Des rasoirs dérisoires}, #*Petits bonheurs simples*, #Un tout petit mot ment.., #Whoever I am not

(Illustration sonore : @YouTube, © ­­Léo Ferré - "Avec le temps"...)

 

           Ding-ding-dong. "Votre attention, s’il-vous-plaît : Le train en provenance de Issy-Lahäy-Nhüllpâr, et à destination de Ayeur-et-Parretoux-Houtunépa, va entrer en gare, voie 12. Éloignez-vous de la bordure du quai, s’il vous-plaît. Ou vous risqueriez de mourir à la vue de tout le monde, et vous empiéteriez alors sur notre journée de grève prévue demain à partir de tout de suite et jusqu'au début des congés d’été permanent du personnel. Pour toute éventuelle tentative de suicide, veuillez vous adresser au contrôleur, qui vous indiquera la marche à suivre afin de ne pas gêner la bonne circulation des trains. La SNCF vous remercie de votre attention, et vous souhaite une bonne journée sur ses lignes de coke. Un bon rail et ça repart ! Putain mais c’est d’la bonne, ton truc, là, Germaine. Tiens Janine, tu veux une taffe ?" Biiiiiiip.. couiiiiiic... tsoing»

******

- Dis, Papa, t’as regardé The Voice hier soir ? C’était trop, trop bien !

- Ah non mon enfant, hier soir j’ai écouté la tienne, et elle valait toutes les voix du monde.

 

- ?!?!? Mais, euh... T’es malade ? J’ai rien compris à ce que t'as dit !!

- Tu m'étonnes !! Ah ah, pas grave, mon cœur, moi non plus, on s’en fiche pour aujourd'hui, tu comprendras plus tard… Surtout si tu fais le casting de « La Vie » en plus de celui de The Voice ! Allez, je te laisse, mon train arrive. Bises, je dois couper. Dis à Maman que je rappellerai à la maison dès que j’arrive.

- D’accord Papa, bisous bisous, et puis j’crois quand même que t’es malade !!

 

******

 

          Oui, je suis malade... Complètement.… malaaa... deuhhhh . Mais malade de toi, mon enfant ! Les gares se succèdent, les paysages se ressemblent à chaque fois comme deux gouttes de ma sueur, qui ne ressemble à aucune goutte de pluie que je connaisse : même l’eau d’en haut se fiche pas mal de ton vieux père. Je suis malade de ne pas te voir, te lire et t’entendre. Alors, pendant que les vaches comptent les trains qui passent, en se demandant pourquoi les humains qui sont dedans les regardent d’un air si bête à chaque fois, je me repasse en boucle, sur cet appareil dont tu m’as montré le fonctionnement (improbable !) à mon anni-versaire, les chansons au son éclectique que j’avais compilées, un soir où mon travail m’avait laissé une minute de repos avant de participer encore à la destruction magnifique du monde par le dieu Thésaurus. Je ne sais pas combien cet appareil t’a coûté, mais tu n’imagines pas combien il est cher à mon cœur. Tout ton argent de poche a dû y passer, voilà qui me rend aussi fier qu’inquiet : dépenser sans compter au mépris de toute nécessité d’épargne, on dirait bien que c’est un gène que je t’ai refilé. Nous ne crèverons pas d’avoir trop aimé l’argent, mon enfant, nous ne crèverons que d’avoir manqué tellement de trains. Je n’ai pas loupé celui-ci, j’aurais dû pourtant : tu me manques. Ce n’est pas possible comme tu me manques. "Bien fait pour toi !", c’est ce que je t’entends me dire en ricanant, comme cette fois où j’avais voulu défier la pesanteur en me prenant pour la balançoire du voisin : la bouse qui avait recueilli mon corps de super-héros des pâquerettes m’avait redessiné le portrait, d’une telle ressemblance avec les toilettes, que tu avais tiré la chasse d’eau sur la météo du jour ; la pluie est tombée, et ton vieux père aussi, de joie et de dégoût mêlés. Mais peut-être bien davantage de joie ! Joie inestimable d’avoir entendu ce rire cristallin ordonner aux oiseaux de cacher, par pudeur volatile, leurs yeux sous leurs plumes, pour ne pas voir bouger la fange du plancher des vaches ! Car je bougeais, gesticulais, me débattais avec le parfum gracile de ce champ moins vert que tes yeux malicieux. J’en ai joué sûrement. J’en ai bavé tout plein ! Mais, quelle importance : je faisais en ce temps-là le pitre comme personne, à tel point que tu hésitais toujours entre la honte et le bonheur, lorsque tes camarades venaient à la maison pour fêter un petit quelque chose dont la cuisine de ta mère se souvient encore. Et la serpillière aussi. Et le carrelage… (je crois d’ailleurs qu’il a porté plainte, mais je me suis arrangé pour qu’il perde le procès, ne t’inquiète pas).

 

          Un énième arrêt avant le prochain, ou après le suivant, je ne sais plus, je ne veux plus savoir. Le son strident des rails qui déclarent leur amour aux roues de la locomotive me tire de mes pensées. Pour mieux m’y replonger quand le baladeur fait lui aussi son arrêt en gare : Léo Ferré ! Un arrêt de quatre minutes, il y avait longtemps que je n’y étais venu... Je profite du brouhaha créé par les allées et venues de gens qui arrivent, et de gens qui partent, pour visiter plus profondément les parages de cette localité dénommée Avec le temps. Comme tout s’en va, mon enfant, et tellement plus vite que ne le fera jamais ce train, lorsqu’il me déposera là où mon cœur balance. Tout s’en va, le peu que je te vois dans une année m’en apporte cruellement la preuve : tu grandis trop vite pour que tous les trains de la terre puissent te suivre ; ou alors c’est moi qui vieillis moins bien que l’obsolescence programmée de ce tas de ferraille ! Qui n’est plus en fer depuis longtemps, mais que veux-tu, je suis resté à l’époque du Far-West, et souvent je m’attends encore à ce qu’une bande de hors-la-loi vienne attaquer le Daily Express, arrêtant le train autant que le temps... Toutes ces fois indues où, sur un coup de tête, je me dis alors que c’est un signe du ciel, et que je dois regagner mes pénates. Rentrer à la ferme, couper du bois, jouer de la country sur une corde à linge (mais oui, je saurais faire ça, tu en doutes, pas vrai ?!?) ; et puis, surtout, surtout, vous regarder, ta mère et toi, vous chamailler pour la cent-millième fois pour savoir qui a gagné le pari : "Dix peaux de mammouth (garanties sans OGM) que Papa sera rentré avant demain soir !". Ou pour des choses autrement plus essentielles : quel programme télé on regarde ce soir (si si, je te jure qu'ils avaient la télé à cette époque, demande à Charles Ingallls !) ; combien de temps on doit laisser le plat surgelé au micro-ondes (pareil : pose la question à Caroline Ingalls, elle te répondra que ça prendra toujours moins de temps qu’il n’en faut à Madame Olson pour faire de la télé-réalité bien mieux que tous les « anges » de NRV12 réunis !) ; ou quelle ligne de tramway il faut prendre pour faire l’école buissonnière (aux dernières nouvelles, c’est la 2 qui y mène, mais méfie-toi : ils sont encore en grève, tu risquerais d’arriver en retard pour les cours de bullage !). Et puis…

 

          ... Et puis ces paroles me hantent, j'ai comme Ferré le poison sans le venin, tant c’est si vrai qu’avec le temps… on n’aura plus le temps, mon enfant, mais plus le temps du tout. Plus le temps pour passer du temps avec nous. Pour passer le temps entre nous. Ou pour dire au temps quel temps il doit faire aujourd’hui, parce que ça va bien un moment, le vent dans les cheveux et la pluie sur les carreaux ! Du soleil, nom d'une vache ! On veut du soleil, tes yeux sont sublimes au soleil, ils parlent tellement plus que toi quand ils brillent. Et sans faute de français en plus, ce qui est bien dommage parce que je ne pourrai alors pas prendre le temps de t’expliquer la faute, et surtout celui-là, de temps - une merveille de minute, suspendue dans l'atmosphère - de te voir bouder parce que je t’ai encore fait une remontrance sur « la langue » : « mais Papa, toi tu fais jamais de fautes, alors ? ... Ben non, ça risque pas, t’es jamais là… ». Si, j’en fais. Énormément, et de plus en plus. Mais je n’en fais jamais d’aussi grosses que celle-ci : n’être jamais là, précisément. Tu sais mieux que personne me rappeler que j’ai passé mon tour, plus de fois qu'il n’y a de gares sur ce trajet entre ici, et là-bas ; entre cette vie, et aucune autre ; entre les factures à payer, et dix minutes de pêche, de pétanque, de jeux vidéo ou de rêves éveillés. Entre ici et maintenant, il ne manque que toi. Entre chaque journée perdue et un seul « Bisous, Papa », comme dérobé sur un énième champ de bataille, où le moindre soldat mort finit toujours par ressembler à ce qu'il a forcément été un jour : un enfant. Un enfant entre l'Histoire et l'Absurde ; et, au milieu, le réel, le quotidien, l'éphémère... La Vie.

 

          Parce qu'entre toi et moi, il ne reste que l’Éternité, mon enfant ! Puisque, comme me le rappelle tout-à-coup ce cher Léo à la voix Ferré si caractéristique, si mélancolique, si… vivante malgré tout : à trop préférer les interminables trains, en partance vers n'importe où, à notre train de vie juste ce qu'il faut d’amour, je risque bien de louper plus de gares à compter que de minutes à t’écouter. "On oublie le visage et l’on oublie la voix..." T'oublier ??? Hors de question que ça m’arrive ! Terminus de ce train, tout le monde descend, j’ai une autre navette à prendre. Je bifurque ! Puisqu'il n’est pas, dans ce monde ou dans ce hall, de meilleur chef de gare que toi, mon enfant. Et tu sais quoi ? Pour une fois, je serai en avance sur les horaires de la SNCF, mon train-train déraille, mon dieu que c'est beau ! J’ai la tête en grève perpétuelle de boulot, et le cœur à jamais férié ! Chaque jour pourrait bien l’être désormais : je marche sur la Voix Ferré, regarde comme j’ai encore loupé The Voice ! Mais regarde comme tu me manques ! Tiens, retourne-toi, c’est Charles Ingalls à l’aéroport : prends ta mère, tes valises et tes rêves d’un demain plus doux, on s’arrache ! "Le cœur, quand ça bat plus, c’est pas la peine d’aller chercher plus loin..."

          Mais si ! On ira chercher, toujours plus loin, le temps, tout ce temps que je t’ai volé. Et tu l’auras, ton petit frère, ou ta petite sœur pour Noël ! Et peut-être même les deux. Et peut-être même… les horaires de train entre ton cœur et le mien. Tiens, tu as vu ? Maman a jeté ses mouchoirs, et je crois même que le voisin a une nouvelle balançoire. Et puis aussi, de nouvelles vaches (livrées sans train d’atterrissage pour les mouches), et le pré qui va avec, et le parfum subtil auquel tu as donné mon nom : Bouse d’amour !!! Qu’est-ce que tu me fais vivre... Qu'est-ce que j'ai aimé prendre ce train de mesures radicales, pour sauver un peu de ta voix, de tes yeux et de tes rires moqueurs. J'ai dû sauter des étapes, sauter des repas, sauter de nuages plus hauts que ceux qui marchent sur la Lune, pour apprendre où ton cœur se gare : j'ai atterri sur tes lignes de l'espoir, et les promesses tenaces qu'il sera à l'heure où je t'ai cherché, tout le long de ta voix espiègle, une voix royale vers un casting des anges déchus. J’ai marché sur la Voix Ferré, tu étais là, et j’ai sauté sur une mine mutine, rebelle, boudeuse : la tienne qui te va si bien quand tu prends en marche ce train qui me ramène vers Ailleurs où tu étais encore de ce monde. Je t’aime, mon enfant. C’est moi qui aurais dû crever, ce jour-là. Pas toi. Jamais toi. Jamais toi. Les vaches ne regardent plus passer les trains. Il n’y a plus de vaches, plus de trains ; il n’y a que moi, tristessence perdue dans la gare centrale de l’Univers, trop vide, trop grande, trop vraie. Le baladeur est arrivé à destination, à l’heure pour une fois. Vu le prix qu’il t’a coûté, il pouvait bien le faire au moins une fois dans sa vie de baladeur. Nous n’avons pas crevé d’avoir trop aimé l’argent. Nous n’avons pas crevé totalement. Nous avons crevé l’abcès. Toi bien plus ardemment que ton vieux père. Nous étions crevés dès ta naissance. Plutôt, je t’ai crevé, là, dans ce chenal, où je n’étais pas là pour t’empêcher d’y être. Il peut me faire la gueule, le père Ingalls, je n’ai pas pris soin de sa belle famille. 

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P
Super touchant,on boit,on vit,on souffre tes écrits,comme une drogue dont on a du mal à se passer
Mais j'te rassure j'n'ai pas pris de rails j'ai juste voyagé un instant dans ton monde..et la vache(!) j'en suis encore toute boulversifiée!
Si pour une fois seulement j'pouvais être le génie et exaucer ton souhait
Tu ferais un Père formidable (f)
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¤
Tiens.. Je découvre tardivement ton commentaire à un billet qui date de l'Ancien temps, voire de l'Ancien Testament (puisque j'en ai écrit un Nouveau, depuis : celui du Silence... *_*), et je me dis que, décidément, tu ne changeras jamais : toujours à te figurer qu'il y a du génie là où il n'y a qu'un peu de Vie, de manque et de petits bonheurs sans nom. C'est tout ce dont il faut savoir se contenter, pas vrai, Nymphocéane ? (gniark, celle-là, tu t'en souviendras, et Mathias itou !!!)
Bises, Mc Aïe ^_^
T

bin ça alors ! je déraille, moi !


Superbe écrit. pas de mots pour décrire le ressenti
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¤

Oh pardon Dame KérSolèy, je n'avais point vu ce doux commentage (si si, ce mot existe, depuis au moins y a deux secondes. Ce monde va trop vite pour nos si frêles artères, n'est-ce pas ?!) PS :
Merci pr le réapprovisionnement de substances létales parfaitement licites *-^ Je t'embrasse.


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