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••• É𝐜𝐨𝐭 𝐝𝐮 𝐒𝐢𝐥𝐞𝐧𝐜𝐞 •••

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😷 Littéra'tueur en série non homologué 😜


Perdu de par l'e-monde ?

Publié par Phil Hinmovékoton sur 15 Mars 2010, 07:39am

Catégories : #[Syndromes de l'Alphabêtise], #Peintures de l'Aube - La Folie des Glandeurs, #Fou Aliénor !, #Poétisanes !, #Avenant aux con*trats... vaillants, #*Fou d'aises & foutaises*

Vermeer- L'Art de la Peinture

          Coin-coin !! Tu sembles bien préoccupé ? Quelle musique lis-tu ? Quel journal écoutes-tu ? A quel monde étrange tu participes, pour consulter aussi fiévreusement les pages de l'annuaire de ta vie ?!? Ah, ce canard-là... Coin-coin, attention : tu vas y laisser des plumes !!! Ne cherche pas ton décès à la rubrique "petites annonces" de Marie-Patch, tu es encore de ce monde et c'est bien le drame de ce monde.

 Avec un peu de chance, ta vie est déjà résumée dans un coin de la mémoire métallique d'un cerveau plus éternel que le temps de l'écrire. De la résumer; a fortiori de la vivre. Ainsi va la vie dans l'univers pixel où Google a remplacé Guggenheim.

Avec un peu de chance, tu seras connu de la postérité à défaut d'avoir été connu par tes contemporains. Enfin, 'connu', cela ne veut pas dire grand-chose. Cela n'implique pas forcément une vie de grand personnage : seule l'Histoire -la grande ou la petite, selon que- fera de toi un Camus ou un Landru. Quelle chance pour toi de pouvoir choisir lequel des deux tu pourrais être ! Même si au bout du compte, oublié de tous, tu n'auras réussi à faire, au final, que comme tous les oubliés : être un doux (?) mélange ambivalent des deux. Mais tu t'apercevras bien vite que ce monde n'apprécie guère les nuances et les justes milieux : il est extrémiste dans l'âme. Fais avec, en faisant sans, et saisis quand même ta chance ! Fuis ce monde superficiel, jette ce journal !

          Une chance... Mais en est-ce réellement une ?!? Dans le doute, tu n'as plus qu'à oublier que tu as appartenu à ce monde. Qu'à te perdre dans l'oubli de ce que tu as été, de ce que tu es, mais pas de ce que tu risques d'être : quelqu'un décidera pour toi. A déjà décidé pour toi. Bienvenue dans l'e-monde !
Le monde attend que tu meures pour faire de toi une légende ou un génie ou un cauchemar. Ou un martyr, selon que... Ou même, au pire, un monstre ; toujours selon que… Selon ce que tu auras fait, dit ou pensé ; d’après les gens que tu auras croisés.. ou n’auras jamais connus ; ou alors selon l’opinion qu’ils se seront faite de toi, parfois même sans t’avoir jamais rencontré ! Penses-tu : il croit te connaître mieux que toi. Surtout une fois mort ! L'on ne te connaît que si peu, de ton vivant. Alors mort, de préférence, aucun risque que tu contredises qui ou quoi que ce soient… Il te connaît si bien, ce monde ! Mais en attendant, il ne te voit pas. Ne veut même pas te voir ! Alors reste invisible, et vis. A la face du monde qui te préfère absent qu’en son sein. Vis ! Certains ont besoin de vitrines ou d’étagères pour y ranger des souvenirs de toi bien après que tu as vécu, alors qu’ils ont une chambre, un salon ou même un cagibi pour loger seulement ta chaise. Ne vis pas dans leur mémoire, celle-ci ne peut être que morte puisqu’elle a déjà préparé ton ode mortuaire avant même que tu aies commencé à songer à cesser de respirer. Pour beaucoup, tu seras largement plus utile disparu que parmi eux. Alors, disparais ! Mais uniquement de leur vue, et offre la tienne aux seuls éléments intangibles, immuables et si invariablement hermétiques aux modes, aux humeurs, aux psychodrames, aux marchandages, aux justifications, …  aux tout-venant !

          Ce monde est rempli de gens qui se désespèrent de ta mort prochaine. Non pas par empathie louable ou une quelconque humanité profonde, mais simplement, exclusivement par souci de leur propre conscience d’eux-mêmes  quand ils se voient et s’entendent déjà raconter tout le mal que tu n’as pas fait, et tout le bien que tu aurais pu faire. Mais n’en aie cure, jamais : c’est un reflet. Rien d’autre que le reflet basique d’un réflexe tout aussi prosaïque : ils vont voir dans cette vie qu’ils t’ont inventée tout le mal qu’ils aimeraient bien n’avoir pas fait, et tout le bien qu’ils auraient eu tellement de mal à savoir faire. Tu n'es que le Reflet de leur conscience... quand il leur en reste une. C'est ainsi que, ce qu’ils sont incapables de réaliser pendant ton temps de présence ici-bas, ils préfèrent encore attendre ton départ pour oser te le dire… en face.

De ta tombe, s’ils t’en accordent une : tu occupes bien mieux l’espace quand il est vide, et tu vides tellement l’espace quand tu l’occupes ! Car le vide est ton espèce. En voie de disparition, voilà qui arrange tout le monde ! Ce monde pour qui il est plus aisé de parler des disparus que de parler à ceux que l’on croise chaque jour, presque anonymement. Et, tout bien réfléchi, même cela ne doit pas t’affliger : ton sourire est bien plus limpide sur une étagère empoussiérée ou sur une pochette vieillie que dans un sarcophage où ils t’ont depuis longtemps enterré, comme pour mieux se souvenir que tu as certainement dû exister un jour, quelque part, bien avant qu’ils aient emmagasiné suffisamment de mémoire pour daigner te laisser vivre au milieu d’eux lorsque tu n’étais qu’un des leurs. L’un des leurres, indolores à force d’endurer l’indifférence d’Autrui, et presqu’auto-inhumés par ta propre lâcheté d’antan. Cette ère pas si lointaine où tu fus inhumain d’avoir tout accepté, y compris les fleurs qu’on a cru bon te lancer. (Ce n’étaient pas toujours des chrysanthèmes, il te faut le reconnaître...) Fort heureusement, tu vivras assez longtemps pour te faire ton propre jardin, et y cueillir les fleurs que tu auras choisies, avec les quelque jardiniers, comme toi du dimanche, qui viendraient avec leur arrosoir pour irriguer un autre parterre que celui de ton tombeau.

          Tombeau ?

Mais quelle importance si l'on tombe dans l'oubli ?

Si l'on nous oublie dans la tombe ?...

Tant que l'on n'oublie pas de tomber les masques de son vivant, le temps mieux que le monde, que tout le monde, est là pour revêtir le masque mortuaire, le jour où il faut; en attendant, toi, oublie que tu es tombé en disgrâce toute la route de ton existence; oublie que tu n'as existé que pour d'autres mondes. Pour tous les autres mondes. Tu peux refermer ce 'journal', et ouvrir celui de ton existence : les pages sont jaunies d'avance des faits et gestes que tu n'as pas encore prévu de penser à faire. Des pages jaunes de rires programmés; roses d'effrois prévisibles; blanches d'incertitudes viscérales ou de lassitudes passagères; vertes de jalousies implacables, ou de pensées mûries; noires de colères immanquables, ou de misères potentielles;  bleues de peurs possibles, fortement envisageables même; rouges de hontes certaines ou de fatigues ancestrales. Et aussi, et surtout, multicolores de joies ineffables, de peines obligatoires, de bonheurs renouvelables, de soupirs diversifiés, de solitudes universelles, de ... Des existences polychromes sur des chemins de vie qui auront exploré et exprimé toute la gamme des sentiments comme celle des couleurs. Les couleurs de l'oubli. Les couleurs du monde... L'arc-en-ciel d'un nouveau monde aussi vieux qu'une peinture rupestre sur les murs de l'oubli. Pour l'heure, il ne faut que vivre. Jette ce journal, le monde n'a que faire de toi ! Et les photos sont trafiquées; et les vérités aussi; et les vies de même. Authentifie-toi seulement face à ton miroir, ta tombe t'en rendra grâce lorsque tu seras tombé pour le monde, tombé pour la France, tombé au champ d'honneur des disparus, tombé on ne sait où, mais finalement tombé de pas si haut : c'est encore de là qu'on a le plus de chance (?) de grimper. Qu'importe ce qu'on écrira de toi : n'oublie pas tes couleurs. Mais, de grâce, jette ce fichu journal sans couleurs ni saveurs. Et puis, coin-coin !!!
 

 

  

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