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••• É𝐜𝐨𝐭 𝐝𝐮 𝐒𝐢𝐥𝐞𝐧𝐜𝐞 •••

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😷 Littéra'tueur en série non homologué 😜


L'Égo-nie d'un mortel.

Publié par ¤Fil@ment¤ sur 30 Avril 2013, 23:00pm

Catégories : #Whoever I am not

 

 

    Grant Lee Buffalo - "Fuzzy" (1993)

 

 

 

          Un jour, tu ne donneras plus le change, plus du tout, et alors il se trouvera toujours quelqu'un pour te reprocher de ne jamais être assez présent pour Autrui. De ne penser qu'à toi, de te plaindre sans cesse et de ne pas prêter attention au monde autour de toi, qui n'y gravite jamais pourtant, mais se contente d'être le centre de gravité si dérisoire de tes interminables logorrhées de silences. En somme, on t'accusera de te montrer plus égoïste que l'égoïsme ambiant, normal, tolérable ; cet égoïsme humain, si viscéralement et basiquement humain : le seul égoïsme dont tu ne peux pas te prévaloir, le seul qu'Autrui s'arroge le droit de s'accaparer au nom de la bonne intelligence et du partage que tu es censé lui devoir. Puisque tu dois tout au monde, qui ne te doit rien que le temps qu'il veut bien t'accorder, qui équivaut à bien plus de temps que le temps lui-même (parfois, il se fait aussi appeler "La Vie") n'en avait prévu pour toi : hors d'ici, point de salut. Hors du monde si hors de lui comme trop près de toi, il n'est aucun salut. Aucune échappatoire. Nulle issue, rien que du vent pour boucher les espaces vides entre nulle part et ailleurs. N'escompte pas alors le moindre pardon qui proviendrait d'un ciel autre que les hypothétiques tapis ouatés que l'on glane entre deux ou trois prières : tu dois juste pour Autrui exister. Aux yeux du monde n'être que défouloir permament. Exutoire exhaustif. On n'a guère le droit à l'erreur que lorsque l'erreur est plus humaine que les êtres qui la personnifient. Non manant, pas le droit à l'erreur pour toi, sauf à t'échapper du "bon sens", qui échoit à tes semblables comme un présent offert à des poupées gonflées de particules, de ce rien magnifique dont ils se gaussent entre deux squelettes de secondes énamourées. Pur vice d'une vertu apparente que voilà : ce bon sens moins commun qu'il n'y paraît t'a toujours paru plus pesant que la somme de connaissances cumulées depuis l'apprentissage inhérent à  la descendance de tes aïeux, depuis le tout premier jusqu'à son extinction imminente ; cette mémoire dite collective nécessaire à l'empilement de milliards d'imbécillités essentielles, de celles qui commandent au monde qu'il faut continuer d'avancer même lorsque plus personne ne semble faire partie du monde. Alors quoi ?! Alors, juste rien après un point défini au milieu parfait de l'infini. Ou plutôt, et peut-être même surtout, au diable les convenances et autres points d'accords : tout achoppe inévitablement là où chacun décrète que sa parcelle de tout-petit-soi est violée par la seule existence de ses si chers congénères. Peine perdue, la boussole est dévoyée, perdue itou, et de même les béances de ton inconscient univers, qui ne laissent alors transparaître que les diluviennes espérances que, irrévocablement, tu as fini par associer à tes peurs ancestrales. Mais n'aie crainte : il n'y a plus que le vent qui hurle aussi fort que ta gorge muette. Ailleurs, dehors en fait, tout près à vrai dire, demeurent les vrais loups, il t'en souvient soudain : tu en avais croisés la nuit passée, derrière la Lune au doux lever des hommes fous de ne l'être pas assez, et tu avais même cru hurler avec eux autant que contre eux. Rien n'y a fait. Quand ça n'a rien fait. Puisque ça ne fera rien, si possiblement rien : était-ce dans ta tête ou étaient-ce simplement les leurs, le son rauque qui rebondissait d'atome en atome était bien sûr voué à n'être entendu que des dieux, dont tu sais à présent qu'ils ont cessé d'exister le jour où cette engeance est venue se fourvoyer dans la fange d'ici.  Personne ne t'a empêché de vivre, à part la vie elle-même. C'est ainsi que ta seule prison puise ses barreaux dorés dans la liberté des autres d'empiéter sur la tienne : tout refus serait assimilé à de la pauvre petite rébellion, de l'absurde besoin d'indépendance, du ragoût pour sociopathe non homologué. Mais de quoi te plains-tu, sale égoïste ?!? Qui es-tu pour pleurer, homme de si peu de foi que tous les dieux réunis se mettent soudain à exister au-delà du plausible ?!? Tu n'as pas à pleurer, le ciel s'en chargera pour toi. Et pour tous ceux qui se disent vivants en ton nom, sans se préoccuper de la moindre ridule où viendra s'échouer le dernier élan de bonne volonté dont tu t'estimais encore capable. Tu n'as plus à te plaindre, ton absence n'est plus observable par ici, et les vivants, finalement, ne sont que vivants. Puisque mortels. Immanquablement mortels. Sors-toi de là pendant que le temps respire encore ton ultime gramme de poussière : tu es plus vivant que les mortels qui gisent, tant bien que mal, entre les particules de ta si généreuse folie, qu'ils ont pensée destructrice mais que tu as voulue simplement apocalyptique. Seulement des larmes parmi des ombres de solfège : tu aimeras à jamais les soleils qui émanent de leurs os, dont ils ne se servent plus que comme d'un vulgaire costume. Ils n'ont décidément rien, mais rien compris, et toi non plus, mais qu'importe : plus vivant que les mortels, te voilà rémanence d'un néant qui se cache au fond des poches de leurs yeux troués par trop d'aujourd'hui déjà périmés. Vaille que vaille et coûte que coûte, n’oublie jamais cela cependant : tu es toujours plus vivant que les mortels. Même quand, déjà, ils se pressent autour de ta tombe de haut. Sournois jusqu'au bout, et même au-delà, bien au-delà de ta lente égonie. Et tu vois, pour une fois, tu gagnes. À n’être connu que des illustres inconnus. Biffe cette date sur ton calendrier, elle te servira pour d’autres lointaines morts. Plus vivant que mortel, souviens-t'en lorsque tu renaîtras à leur place, dans la vie prochaine ou dans cent millions de générations. Quand bien trop de vivants ne sont que mortels, à toi il t'a fallu mourir plus que de raison pour compter chaque éternité qui renie, imperturbablement, là d'où tu viens, ce que tu es, et pourquoi tu puises encore parmi les tiens de quoi les aimer plus qu'ils n'existent.


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