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••• É𝐜𝐨𝐭 𝐝𝐮 𝐒𝐢𝐥𝐞𝐧𝐜𝐞 •••

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😷 Littéra'tueur en série non homologué 😜


"Memorandum", l'Oasis dans le Geyser

Publié par { Les mots Phil } sur 4 Avril 2010, 13:09pm

Catégories : #{Des rasoirs dérisoires}

 


          Les mots sont venus comme d'un geyser : brûlants, salutaires, imprévisibles et par saccades. Et pourtant, incandescents bien moins que le regard d'un enfant sur le rebord de naître. Des mots d'avenances protéïformes, des pluies de lettres aussi diverses qu'il y a de langues dans les bouches de l'Univers, des alphabets clandestins tombant de l'infini quotidien, routinier. Des paroles tues par l'absence de voix dignes de ce nom, mais malgré tout portées par le souffle continu du rideau résiduel de l'aube des vivants. Car il a fallu tout ce temps, et même plus, et bien plus encore que le temps n'a d'éternités à partager, pour pouvoir les assimiler, les dire, les formuler, les offrir... avant d'avoir à les reprendre pour les remettre à leur place bien définie dans l'atmosphère : la complétude inutile de vos oreilles collées sur le magma floconneux d'un univers sans ronces ni orties. Une bulle hermétique et protectrice bien au-delà de la simple apparence de l'immédiatement accessible au commun de nos aïeux.

Et si ce furent des mots pour le restant de vos jours, ce seront des jours pour le restant de vos maux. Voire, si vous n'y prenez garde, le buisson ardent de vos restes lorsque le désert aura totalement pris feu dans les oasis de vos mots aussi futiles que vos espérances. Vous cherchiez une oasis dans un geyser où brûler vos soupirs ? Hé bien, la voilà. Ce sont des mots qu'il vous faudra garder au fond de vos rivières de solitude, pour ne pas qu'ils vous desservent sur la table des matières vides d'obligeances plus vaines qu'une bague de diamant sur un doigt de fée. Laquelle de toutes peut décemment feindre d'exister ?

          Le geyser ne parle que très rarement, hormis chaque nanoseconde qu'il respire la fonction qui est la sienne d'être aussi muet de logique implacable face à vous, plus rétifs qu'un mur du son heurtant les espaces ardemment mûrs de silence. La plupart du temps, il ne formule guère de vocabulaire qui soit intelligible à l'écoute du vent du changement, ou à la compréhension de l'essentiel véritable. Il n'a que faire de la rhétorique stérile et ambitieuse de ces divins éternellement éphémères, il ne mène aucune politique : il crache, simplement, l'apologie de la quintessence absolue. Celle qui prévaudra lorsque même les mots auront échappé à son contrôle, et que le silence originel aura livré son secret abstrus. Mais, en attendant, et pour à jamais ou presque, il ne parle que très peu, si peu de place dans l'hymne de l'espace échelonné par le temps, et réciproquement. Non, point besoin qu'il parle; en règle générale, il vous livre ses paroles comme on délivre une armée de prisonniers sur un champ de bataille saisonnier : on tourne sept fois sa langue dans la forteresse de sa bouche en s'imaginant que chaque coin de terre ensanglantée ne saurait être rien d'autre qu'un Jéricho recyclé depuis plus de millénaires que de morts aux combats. Et le geyser sait s'il y en a eus, des combats; a fortiori des combattants, des morts. Et des mots manquants, des mots de la fin.

            Ce geyser est là depuis trop longtemps pour que le silence s'en souvienne. Pour que même le temps se rappelle l'avoir côtoyé un jour. Qu'importe. Tout ce qu'il a craché d'eau bouillonnante venue des poumons de la terre n'est qu'une infime partie de ce qu'il a à vous dire. De ce que vous ne retiendrez jamais, et de toute cette logorrhée du silence que vous vous repassez en sourdine pour mieux vous convaincre que vous avez pour vous la conscience immanente du Savoir récalcitrant. Tout ce qu'il vous dit, en définitive - c'est du moins ainsi que vous choisissez de l'interpréter, lorsque vous consentez à le faire -, n'est rien d'autre qu'une Vérité au milieu de mille autres prophètes désséchés. Plausible, après tout... C'est une source, néanmoins, aussi chaude de bon sens que vos esgourdes sont froides d'hermétisme. Mais de cela il n'a cure : il vous sait mieux que vos ombres sur le trottoir du ciel d'en face. Il demeurera stoïque, imperméable à la pluie rouge qui parfois suinte de vos tympans cellophanés. Rien ne perturbe la marche immobile de son éternité coutumière. Il vous regarde, simplement; vous envoie son flot de discours plus violents que des amours ancestrales. Vous sature l'ouïe de ses messages arides de bonne volonté et de suffisance du mieux-vivre minimal, et n'attend même pas que le poids des ans ou la rediffusion cyclique de ses émissions nuageuses, parfois nauséabondes, vous parviennent en l'état : il n'est pas là pour vous sauver, ni de vous ni de lui. De rien ni de personne. Il est lumineux de neutralité, inéluctable de loyauté, et figé de si bonne heure devant votre médiocratie. Que d'ailleurs il avait envisagée bien avant votre essence, et peut-être même encouragée tout pendant que vous vous figuriez qu'il ne faisait partie que d'un décor alambiqué initial auquel vous pourriez aisément vous soustraire. Qui a fauté le premier ? Qui a parlé en dernier ? Et qui écouterait un geyser ? 

Aucune espèce d'importance : il ne vit pas dans les strates de vos germes, il n'existe qu'au milieu de vous. Pas à cause de vous. Et du reste, il n'a pas à vous juger, vous le faites chaque jour qu'il rugit; lui ne voue son destin qu'aux flammes d'abondance qui ruissellent sur les parois congestionnées de l'espace et du temps, qui l'emplissent comme ils peuvent. Au fond, que lui importe que vous soyez devenus esclaves de votre propre liberté, il n'est responsable d'absolument rien d'autre que de sa nature ignifugée; il faudra bien qu'un jour les vêtements bariolés dont vous parez vos coeurs s'en accommodent : il ne risque pas de varier d'un iota le programme de son feu immémorial.

           C'est un geyser sans fin, un démon vermifuge, une fiole de jouvence mortifère pour qui ne sait pas oindre son propre crâne d'une épingle de bon sens. Les mots sont ainsi, ils ne pardonnent rien au silence, qui leur répond avec bien plus de mots qu'il n'en faut pour qu'il puisse être véritable. Et absolu. Et devenir sensiblement autre chose qu'une oasis de salut perdue dans le geyser des maux. Des maux échus comme des météorites. Des mots venus comme d'un geyser. Et des larmes qui ne seront jamais assez chaudes pour rendre grâce à l'ordonnancement des choses, là, sous le magma du temps comme dérobé aux profondeurs de l'espace, mais jamais rendu aux abîmes de l'essence immédiatement éternelle.

Et c'est la raison pour laquelle ce geyser n'a, depuis quelques vigies temporelles, plus de larmes à présenter au désert des sentiments universels. Et ne livrera, pendant encore quelques autres sentinelles de temps, exclusivement plus que des mots. Des mots d'abstinence. D'abandon... D'accompagnement. D'excuse ? De retard ? D'explication... Voire ... D'avertissement ! Des mots d'espérance ? Voir... Et il en passe, mais jamais de douceur. Jamais : il n'est que Geyser du fond des âges, et Geyser bien après vous il sera encore. A cette nuance près qu'il lui restera alors des larmes même quand les mots n'auront plus cours depuis longtemps : à qui croyez-vous donc qu'il les aura volées ?

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Commenter cet article

starlight 15/05/2010 18:12



pas tout compris, mais bon, j'ai l'habitude !!


mais sympa quand mème, quand on essaie de pas trop vouloir capter le schmilblick lol



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