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••• É𝐜𝐨𝐭 𝐝𝐮 𝐒𝐢𝐥𝐞𝐧𝐜𝐞 •••

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😷 Littéra'tueur en série non homologué 😜


"Puisque tu pars..."

Publié par ¤Fil@ment¤ sur 9 Avril 2011, 07:24am

Catégories : #Whoever I am not

 

          Je ne voulais pas crever, je voulais seulement mourir. Et, si j'étais allé au bout de ce qu'il me restait à épuiser, sur le crédit-temps d'une existence forfaitaire, j'aurais sans doute perdu le peu que j'avais su garder encore : un semblant d'humanité.

En fait, non, je ne voulais pas mourir non plus. Je ne voulais pas vivre. Pas comme ça, du moins. Plus comme ça. Alors, mourir pour ne pas vivre mal. Mourir pour ne pas crever.

          J'ai demandé au monsieur qui s'occupe de ces choses-là de ne rien faire d'autre que son métier : être en vie le temps que je meure, juste le temps que le dernier souffle ait quitté l'endroit où il est supposé être. Il n'avait pour seule consigne que de passer une chanson, sur une tombe, probablement la mienne. Pas dans une église, surtout pas dans une église; juste sur ma tombe : "Puisque tu pars", de Jean-Jacques Goldman. Les seuls mots que ma mort accepte; les seuls que mon âme emportée comprendra : ils sont bien moins tristes qu'ils ne semblent au premier abord. Et ils résument mieux que je n'aurais jamais su faire le terrible gâchage constant que fut mon existence : il y avait du génie en moi, mais pas assez pour qu'il soit utile à quelqu'un. Du génie, mais pas de talent, ni d'intelligence. Et encore moins disposé au travail. Ce qui explique que je sois parti en ne laissant rien qui vaille le détour. Du génie, mais aucun, absolument aucun Amour. Parce que j'en avais trop à donner. Beaucoup trop pour une si petite âme. Seuls ceux qui m'ont fréquenté d'assez près se souviendront, je crois, de cette terrible pénurie qui rôdait en silence dans les entrailles de mon cœur. Au cœur de mes entrailles. Seuls ceux-là, et encore... Je n'ai si peu montré que je ne saurais leur en vouloir de m'oublier. Et peut-être même serait-ce qu'ils feraient de mieux : ignorer que j'aie pu, le temps d'une parodie de vie, accompagner quelques-uns de leurs jours. Ne pas se rappeler que j'aie été de la même chair que les hommes sur la terre de leurs semblables.

           Et pourtant... Pourtant j'ai aimé, me semble-t-il. J'ai dû savoir faire cela. Eprouver, ressentir, expérimenter... Mais j'ai surtout échoué, toujours, invariablement. Je ferai mieux dans une autre vie, je me le promets. Uniquement à moi, pas à d'autres, pas à Autrui : ainsi ne mentirai-je qu'à moi lorsque je faillirai encore. 

          Pour l'heure, il me tarde de survivre à ma mort silencieuse. A ma longue et douloureuse agonie consciente. Je ne vis pas une descente aux enfers, je le vis au quotidien, aucun escalier ni ascenseur n'y conduit, il est permanent. L'enfer est mon paradis promis. 

          Loin de moi pourtant l'idée nauséabonde de souhaiter qu'on me plaigne : oh non, ôtez-vous cette facilité d'évidence trompeuse de votre hémisphère cérébral ! Surtout ne pas me plaindre. Ce serait me tuer une énième fois. Je suis seul débiteur de ma fatuité permanente. Et pour un peu, je le revendiquerais... Mais pas aujourd'hui : aujourd'hui, je me dois de me survivre, seulement me survivre. C'est une éternelle urgence que d'avoir à se sauver d'un monde qu'on n'a pas su sauver parce qu'on a juste oublié qu'on ne peut prétendre être Utile à Autrui si on ne l'est pas d'abord à Soi. Fichtre, que voilà une redondance fumeuse ! Bref...

          Pas de trace, pas d'empreinte, rien d'autre que la promesse d'un ailleurs plus proche que jamais. "Frères humains qui après nous vivez, n'ayez contre nous les cœurs endurcis". Non, surtout pas endurcis, vos cœurs : ils sont purs, encore, et doués d'intelligence, eux. Ne les privez pas de leur raison d'être. Ne mourez jamais avant d'avoir pris le temps de vivre. Et, finalement, oui je peux le dire, l'écrire et même m'en persuader : je vous aime.

 

 

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