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••• É𝐜𝐨𝐭 𝐝𝐮 𝐒𝐢𝐥𝐞𝐧𝐜𝐞 •••

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😷 Littéra'tueur en série non homologué 😜


La Princesse de Neige

Publié par Phil Héastiko sur 8 Avril 2010, 23:29pm

Catégories : #*Petits bonheurs simples*, #~*~ azur@etoile.net ~*~, #*Fou d'aises & foutaises*, #Souven@nces (), #Un tout petit mot ment.., #Poétisanes !, #*L'autre Moitié du Monde*

© & (P) Peter Von Poehl, "The Story Of The Impossible" - Source : @EMOx483 via YouTube

 

          Lueurs blafardes. Vous êtes folle de vous promener sous ce parapluie d'étoiles qui ne vous ont même pas dit leur nom. Mais vous êtes moins folle que ce lampadaire que vous accostez pour demander votre chemin. La nuit ne sait pas s'il vous a répondu. Les rares passants non plus. La lune, peut-être... Et vous, le savez-vous ? Vous en souvenez-vous seulement ? Vous souvenez-vous de ce rai de lumière qui a balayé vos joues perlées de solitude ? Le lampadaire n'y était pour rien, il n'était pas responsable de cette onde de luciole parcourant votre visage, l'illuminant pour le reste de ses rues. Vous avez ébloui l'univers d'un soir, et les trottoirs anonymes de cette ville endormie en sont toujours à se demander ce qu'il serait advenu si vous aviez simplement souri... Sans doute auriez-vous animé le décor alentour rien que par un jet de commissures rosâtres sur la tapisserie de poussière urbaine. Vous auriez donné vie à tout ce chaos immobile, vous auriez rendu espoir à toutes choses inanimées. L'espoir, vivifiant autant que dérisoire, que toute lumière tient dans un sourire. Et que toute folie vient d'une lumière cachée derrière les entrailles du temps, par-delà les camisoles des cœurs abîmés par la sciure des impératifs présents.

          Votre folie a plu aux étoiles qui s'enneigent sur la vitre du quotidien, tout comme elle a plu de votre cœur endolori pour mieux se disperser dans le paysage gris-seyant de cette nuit estivale où vous vous inquiétez de la santé de ce lampadaire qui se refuse obstinément à vous indiquer votre chemin. S'il pouvait vous assurer de la chaleur de son amour immédiat, seule la nuit sait la longueur d'onde qu'il lui faudrait pour pouvoir vous le témoigner.  Mais l'ennui est que le jour de sa flamme n'est pas encore arrivé. Pas encore ravivé. Vous, si, et depuis bien longtemps. Alors la nuit vous prend dans ses bras, vous déclare si apte à caresser l'atmosphère que vous en perdriez l'horizon, et vous enveloppe de son manteau brumeux, juste assez à découvert pour que vous puissiez lui frôler le menton saumâtre. Elle savait que vous lui rendriez grâce ainsi, et vous offre l'horizon de la ville pour ardent somnifère à réveiller de vos joues ignifugées par la seule lueur de ce lampadaire, assis sur le trottoir de vos sourires à venir. Vous saurez bientôt comment pleuvoir des étoiles sans même sourciller, vous qui savez déjà capter le moindre rai de lumière et le détourner de son lit routinier pour l'orienter vers la chambre des rêves, la pièce de vie qui n'attendait plus que vous pour percer la poussière de ses rideaux feutrés d'images et de drôles d'espérances. De simples rêves de vie par parcelles entières, des pans de beauté insoumise à admirer au travers du miroir anamorphosé de la ville coutumière. Et si vous pouvez aisément faire se mouvoir la plus petite particule en partance pour l'infini clair-obscur, vous n'aurez aucun mal à rendre à toute folie ordinaire sa progéniture de lumière : vous neigez si bien sous ce lampadaire que même le vent s'arrête un instant, essoufflé par son incessante activité tournoyante, pour tenter de vous arracher un rai de votre cristal d'incandescence immune.

          Absolument rien, dans ce décor alambiqué mais si inhérent au capharnaüm urbain, ne  manquerait de témoigner que vous êtes utile à leur déraison d'être. Et même hâtivement indispensable à la lente course du temps sur les parois étanches des existences-gruyères. La lumière est insubmersible dans l'océan apatride des insuffisances essentielles. Absolument rien ne manque à votre immanence gracile, absolument rien ne manquera de vous le rappeler, un soir où vous aurez oublié de demander votre chemin à un lampadaire irrévérencieux, brillant par ses absences mais si lumineux de votre présence, dans une ville anonyme au décor foisonnant de banalités : vous n'aurez qu'à respirer, et la neige perlera de votre cœur. Et la lumière vous précédera, ou vous suivra, selon que vous choisirez de sourire ou de simplement rester seule avec l'Univers. La neige perlera de vous, la nuit parlera pour lui, et le reste ne sera que lueur au milieu d'une maison de glace dans une ville fantôme, délaissée depuis l'humanité par les âmes affligées de n'être que poussière. Et de naître de la même mort issue des étoiles, des milliards d'années-lumière auparavant. Vous êtes si belle à être la dernière à vous en soucier. Et si folle de vous promener sous vos parentes. "J'ai failli vous aimer, se lamente le lampadaire dans un éclair de lucidité, mais j'avais oublié de me prévenir que j'alimente mon ardeur à une onde artificielle. Vous seule, jolie Princesse de Lumière, ne pouvez briller qu'en mon absence d'esprit. Que n'ai-je été Prince pour me blottir dans les bras de votre lueur, que n'ai-je été halo lumineux des consciences pour me lover contre votre sein, siège de toute conscience allumée. Mais l'heure me tourne la tête, je m'éteins comme je vous étreins, et je ne sais toujours pas votre chemin; je sais simplement que vous n'êtes jamais perdue, mais que l'on vous a perdue. Quelqu'un, quelque part. J'ignore où, mais je pressens que même au milieu d'un désert, vous ne pourriez cesser de neiger. Que n'ai-je été Neige... Mais l'heure me passe dessus... Alors ici, je m'éteins, je m'attends, je m'étends, je m'atteins. Car voici déjà l'Aurore, et vous neigez toujours plus fort que les premiers rayons aurifères d'une grandiose Naine-Rouge orpheline, cette étoile de mère inconnue qui vient, chaque matin où je m'éteins, faire croire à la ville qu'elle-seule sait éblouir par sa présence : depuis que je vous ai vue, depuis que je vous sais, depuis que vous neigez, je n'attends plus que la nuit pour vous voir lui sourire par flocons entiers de vos lèvres rosacées par l'ignorance urbaine. Et elle, en retour, se moque bien de l'air hautain du jour assis sur le trottoir poussiéreux du cosmos : elle a adopté votre neige éternelle. Comme éternel est ce souhait que je formulerai aux ombres des passants qui me dévisagent de leurs regards réverbères : Revenez, quand vous le désirerez, et chaque soir s'il le faut, et même tous les soirs s'il est possible, me demander votre chemin : je ne suis pas près de le savoir; et tant qu'il en sera ainsi, tant que je serai ébloui de n'en rien savoir, je pourrai, chaque soir et indéfiniment, me reposer sur votre lèvre pourpre enneigée de l'intérieur, irradiante à l'extérieur, et si lumineuse à voir ondoyer sur les murs d'ombres tragi-comiques de cette ville journalière où je m'ennuie déjà de vous, et la nuit de même, et mon désamour de l'aurore plus que jamais."

          Vous étiez donc Princesse...

                    Vous étiez donc Neige...

                              Alors, on sait qui est Folie, qui est Poussière, et qui est Ville. Et l'onde sait qui est Lumière : elle jaillit du silence galactique pour accoucher de ce fou que je vous suis à présent, dans toutes les villes où vous viendrez changer la poussière en douceur. En Lueur. Un rai de lueur blafarde détourné de mon lit d'ignorance pour me permettre de vous connaître, vous, Princesse de Neige éblouissante d'absence lorsque je ne voulais pas vous côtoyer sous un porche ensoleillé, bien avant cet été stratosphérique où vous neigez plus violemment que d'ordinaire. Plus éternellement que ma poussière d'étoiles, où je vous avais vue la toute première fois, il y a combien d'étés humains d'ici. Où je toussais de ne vouloir vous toucher la joue empourprée de cristallines gouttelettes du firmament; où je m'aveuglais de néant pour vous voir sourire aux vents passifs, et où pourtant je brûlais de ne rien vous connaître, jamais. Je vous avais éternuée dans les nuées délétères d'autres vies passagères, mais je n'ai jamais su vous tousser autrement qu'en poussière maladive. Et je le déplore ardemment, quotidiennement, nuitamment, annuellement comme l'an soleil ment à la nuit d'amant maudit. N'ai-je éternué que pour l'avoir respirée dans l'air vicié de ces villes nauséeuses ? Neige atténuée par votre seule présence, désormais. Je floconne avec vous, qui respirez en moi, sur le rebord de mes lèvres enfiévrées par la nuit journalière, mais si quotidiennement particulière à compter de ce jour où je ne connais plus l'ennui. Je ne connais plus que vous, Princesse, et j'ai pour moi la nature de n'être lampadaire qu'au soir de mon absence définitive. D'ici là nonobstant, je m'illumine de vous savoir en moi, neigeant négligemment dans ma permanence mortelle. Vos lèvres sont si belles que je ne résiste pas à les embrasser le monde alentour. Si anonyme, si ensoleillé, si universel, si... monde. Si fou de vous ignorer et de  vous traiter de folle de persister ainsi à marcher sous les étoiles et à demander votre chemin aux lampadaires. J'ai failli ne pas vous aimer, mais je ne faillis plus en votre présence. A présent je vous aime, et vous aimerai tout le temps de ma folie ; et vous aimerez cette folie : elle vous ressemble, elle vous illumine, elle vous enneige. Un doux parfum d'éternité immaculée sur le gris sol de la vile urbanité.

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J


J'ai beaucoup aimé... La Princesse et le lampadaire, comme une Belle qui réveille le beau d'une bête. J'avais l'impression d'être dans ma tête.. Merci (f)



Répondre
¤


Merci, Justine inconnue. (c'est le prénom d'une de mes nièces, ms je ne l'imagine pas venir ici et lire les animaleries de son tonton dingue..).


 



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