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••• É𝐜𝐨𝐭 𝐝𝐮 𝐒𝐢𝐥𝐞𝐧𝐜𝐞 •••

••• É𝐜𝐨𝐭 𝐝𝐮 𝐒𝐢𝐥𝐞𝐧𝐜𝐞 •••

😷 Littéra'tueur en série non homologué 😜


(L'Ordre des Choses)

Publié par Joseph-Ignace Guillotin en duo avec Mort Schuman sur 15 Octobre 2009, 16:04pm

Catégories : #Fou Aliénor !

 

 

(c) www.chatlibre.blog.lemonde.fr (févr. 2007)

 

          Un anonyme jour de septembre. Une place, encore chaude des relents d'un été taciturne. Un corps, usé par l'air vicié autant que par l'indifférence alentour. Il gît là, tout au milieu du monde. Au "beau" milieu de n'importe où. Ici, là-bas, quelque part... Toujours trop loin pour qu'on daigne en distinguer les contours alambiqués. Mais toujours bien assez près pour attiser le feu de nos regards.
Il baigne dans une mare de liquide globuleux. Le sang d'autrefois. Le carmin volatile. Le nectar originel. L'envol d'un temps douteux sur une époque houleuse. Mais tranquille... Toujours très tranquille : les journaux de la ville, quotidiennement suicidaires autant que couramment lucides, l'exigent. Pleinement, en pleines pages. L'on touche à la moëlle épinière de l'espèce. Et hors de question d'oser simplement contredire toutes ces vérités, qui sont si bonnes à dire. Surtout lorsque personne ne saurait les entendre...


          Le sang coagule à la face écorchée vive du monde, la mort abonde, elle rôde dans le ciment ambiant, s'immisce dans la moindre interstice, infuse son influx nerveux dans le plus petit souffle de l'air, pose les jalons de sa victoire prochaine. Elle a faim. Qui saurait s'opposer à sa fringale routinière ? L'on pourrait nommer sur le bout des langues, fourchues ainsi que les cils du ciel obscurci par la douceur aigre-douce de cette fin d'été opaque, le moindre des appendices dont elle usera bientôt pour parfaire son costume immortel de ramasse-miettes naturel.

La brise, jusqu'alors légère et frileuse, se trompe soudain de sens, se perd sur la route de son cycle aléatoire; le froid débouche alors sur le quai de l'inusable, de l'immuable appétit humain du "Que se passe-t-il ?". Ce froid semble marbré, comme issu du couloir concave de la cohue universelle; il glisse sur la peau des peuples, pénètre les pores de leur esprit endormi, et va jusqu'à sonder l'épopée engourdie de leurs souvenirs préfabriqués. C'est un froid puissamment vermifuge, intense, hermétique à tout silence, insensible même aux caprices délicieux du temps anodin. Un froid magique, festif, par trop livide dans le néant du champ présent.

L'épouvantail iconoclaste, allongé à la vue de tout un chacun, et rutilant de l'aura incandescente de son flux vital qui, à chaque fraction de seconde, l'emporte un peu plus loin dans l'espace inexploré du subconscient énamouré (cette friche intemporelle car à jamais profanée), semble vouloir tout à coup se lever. Il y parvient en même temps que la foudre végétale frappe l'immense réservoir de vide évanescent qui meuble la ville, et, dans un élan d'apparente solidarité avec le roulis permanent de la Terre - SA terre -, il plonge le foyer de son cœur émacié dans les yeux concubins de ses congénères époustouflés : le temps affolé s'arrête aussi sec, juste l'espace d'un battement d'ailes de passiflore extatique, et s'immobilise, dans le même intervalle, sur le front interloqué de la gent populaire. Il scrute ostensiblement l'horizon vaniteux des flous artistiques qui composent les humaines consciences du rien qui fait son tout, son trou. Rien n'est plus à creuser, tout est déjà posé. Prêt à consommer. Le morbide se consomme froid autant qu'il se consume soufre, du moins semble-t-il à cette usuelle clientèle du "m'as-tu-vu" navrant, clandestinement mesquine mais religieusement solidaire. Peut-on être solidaire du vide ?!?


          Le mort attend la Mort; la Mort attend son dû, payable en espèces humaines, pour solde de tout compte. Mais elle n'aura pas encore le dernier mot aujourd'hui. Pas maintenant. Pas tout-à-fait tout de suite. Ce dû est un débit différé, un crédit souscrit dans la nuit des temps par un créancier malingre et chétif, mais bigrement scrupuleux, pointilleux. Une mine crépusculaire qui gère ses affaires comme on gère un détail : après moi le déluge d'hier !

Le mort est respectable, tout au moins veut-il respecter les us et coutumes de la "Grande Faucheuse" pourtant pas encore mécanisée - ("Si même la mort ne vit pas avec son temps, se dit-il dans une nuée ardente d'ultime respiration courroucée et compatissante, alors tout fout le camp, et moi avec. Certes. Soit. Dont acte. Je suis prêt, qu'on en finisse avec les présentations somptuaires, passons donc aux choses sérieuses, puisque cette vie ne le fut aucunement. Finissons donc de mourir, je n'en peux plus de me mijoter, seul dans mon bain-marie d'hémoglobine frelatée. Allez, Dame Mort, viens si tu es un Homme !!")


Mais Madame Morte-Bouillie n'en a cure, elle n'écoute plus son protégé du jour. Elle se fige avec le temps qui passe et trépasse sur elle, sans bruit et sang transfusé, comme une liane attachée à l'étoile de l'Absurde dont elle se serait fait temporairement le porte-parole, autant improbable qu'inespéré. Elle apaise son regard, vieux comme l'avenir, sur le rideau constellé de l'Univers, et ce qu'elle voit la fait frissonner d'horreur, la ferait s'en retourner dans sa tombe, si tant est qu'elle s'en soit fossoyée une quelque part : des hommes !! A perte de vue, à perte de vie, des hommes, rien que des Hommes ! Innombrables, innommables, inflammables, inexpugnables toiles d'hommes qui accourent à l'heur de se dire au revoir, mais il n'est point l'heur, et encore moins l'heure, de se coucher : il faut un peu simplement donner du grain à moudre au moulin de l'indicible, et croire que le meilleur est encore et toujours devant le miroir immaculé de l'espèce. Cette espèce d'espèce à qui elle escomptait, ce soir encore, emprunter un exemplaire, un échantillon prétendument représentatif du groupe. Mais.. !! Elle s'en mordra longtemps ce qui lui tient lieu de doigts, de cette bévue imprévue, imprévisible; et sa méprise lui coûtera plus que le parvis du ciel gigantesque qui s'ouvre soudain sous les filaments de ses pieds, ignifugés au froid polaire pour l'inhumer : ils applaudissent !! Elle ne peut le croire, tant c'est indécent. Ils applaudissent, ces engins microscopiques et protéïformes humaines, applaudissent à l'orée de la flamme qu'elle était supposée venir décrocher, et, au lieu de cela, ils s'enveniment de joie, sautent par-dessus toutes les barricades du temps mercenaire, semblant même s'en complaire, s'y dorloter, s'en extasier !

Dame, mais qui diable sont ces êtres que même ma morale réprouve ?!? Il me faut sur-le-champ regagner mes horribles pénates, je ne saurais plus longtemps observer le spectacle mirobolant de cette engeance malfamée, ce serait faire injure à la lumière putride qui m'a donné le jour, dans la nuit de mes temps maudits.

Et elle s'en va croupir au séjour qu'elle connaît si bien, et pour cause (commune, pareille à la fosse éponyme !), laissant là le mort en attente de recomposition. Il ne faudrait pas qu'il attrape froid, ce serait malsain pour ses bronches, peu habituées aux enclaves spatio-temporelles. Alors, tout songeur et encore émoustillé au niveau lombaire de son esprit déchu mais savamment exporté à la science du n'importe-quoi magnifié, notre mort décide de faire le mort en goûtant de nouveau à la vie, alors qu'il y a peu encore il pensait devoir s'en aller par-delà les sentiers courbaturés de la Dame aux-si-longs-faux-cils. Il s'asseoit sur le premier nombril du monde venu, sur le banc de poisons indolores qui lui avaient tant servi de repas saisonniers. Et, fortuitement, presque de connivence avec le souffle incompris du vent liquéfacteur, il se perd en conjectures sur le sens à donner à la scène exponentielle et vivipare sur laquelle se fragmentent nonchalamment ses lambeaux d'iris : pitoyablement, irrésistiblement, ses frères inconnus applaudissent toujours !! Vaille que vaille, coûte que coûte, ils semblent parés pour une ovation perpétuelle.
Grand bien leur fasse, il n'aura plus qu'à les éclabousser de sa candeur nauséabonde.



          Quelque chose pourtant dans ce décor sulfuré, fissuré par l'ergot impassible du temps, ne peut se voiler à la face de toute honnête gens digne de ce nom : son sang ne bat pas à ses tempes, il trempe dans la boue, dans la fange aux commissures cunéïformes de ses frères parallèles; cela ne peut se concevoir, même ici, au beau milieu de nulle part.. Même si l'histoire ne dira pas qui s'en est laissé conter, voire, compter parmi le troupeau de brebis assurément égarées.

Alors, pour se rassurer sans doute, pour se donner bonne conscience plus certainement, il fixe avidement l'intempestive clameur jugulaire de ces êtres à qui il est supposé être semblable. Et il comprend. Du moins il suppute : là, dans le désert de cette multitude confrérie, dans le chahut de cette marée communément humaine, tous les yeux sur lui n'ont jamais été parfaitement braqués, ni sérieusement édulcorés. Non. Non ! Ils sont simplement exposés à la devanture du rien, qui veut dire TOUT, c'est à dire .... au fond peu importe, l'avenir se chargera sans doute d'énumérer l'impensable. Ce qui est sûr, ici, là-bas, et maintenant, et peut-être à jamais, et même hier après-midi sur le coup de 15h30 et des bananes, c'est qu'on existe, mais ne faisons pas trop semblant, cela pourrait influer sur l'humeur lunatique des sous-fifres d'on-ne-sait-trop-qui-et-de-toute-manière-on-s'en-moque-éperdument-n'est-ce-pas ?


Là, sur la place, bien au chaud dans son manteau de chair et de sueur froides, le mort-vivace réalise - par hasard autant que par Allah, Jéhovah, Yahvé ou tout autre nain de jardin qui voudra bien se présenter - que ses apprenti-semblables ne lui ressemblent qu'en apparence, un peu comme si l'on pouvait fabriquer du cuir de mammouth avec du simili de poils de poupée véritables. Une sorte de vrai-faux clone en fin de série et à peine livrable en lots de consolation. Un genre de pâte-à-modeler pas nécessairement modelable, mais automatiquement pathétiques, car périssable, telles ces denrées rares que l'on jette à l'ouverture de la chasse aux sorcières mal fagotées, lorsque viennent les premiers soubresauts du "qu'en dira-t-on si jamais..."


          Il ne retiendra pour ainsi dire pas grand-chose de cet épisode-ci, qui ne sera finalement qu'un de plus dans le microscope de sa vie mortellement mortifère, ou vitalement létale; néanmoins l'on peut concevoir, dans un accès de folie géniale aromatisée au concentré de vide interstellaire, qu'il a compris que rien ne rime à rien, puisqu'il mène à tout, y compris, et surtout, à l'absurde réalité du réel potentiel (?!?).
Et, tout ceci le dépassant comme il avait failli y passer tout-à-l'heure, il devise avec lui-même, et, chemin faisant dans les méandres de sa conscience bonhomme, il décide négligemment de s'abandonner à la contemplation placide, impavide de ses frères de sang-froid. Même s'il sait pertinemment - pour l'avoir constaté "de visu", sur cette place, là, aujourd'hui - que tous les regards du monde auront beau se diriger vers "lui", nul œil ne pénétrera exactement son âme. L'on ne peut percer le vide, de même que le vide ne peut percer le secret du Tout expansif, et ainsi de suite illogique ! Car, au milieu de la foule, tout le monde l'a vu, il en est persuadé. Mais personne ne l'a autrement visualisé que dans le phare barbare de la conscience vierge de tout reproche plausible.
Personne...
Personne ?!?

A défaut, et au mieux, juste un regard au milieu de la foule.

Et juste une foule au milieu d'un regard.

Ou juste une foule de regards au milieu de nulle part, de partout, de jamais, de toujours, de ainsi soit-il ! De personne, pour et par personne. C'est magnifique !! Et c'est ici, là, maintenant (même que le soleil a encore brillé jaune hier midi, nom d'une pipe !!). Mais, sacrebleu, qui a pris la scène de la foule en flagrant délit d'impassibilité, d'impossibilité, ou, plus posément exprimé, de non-assistance à personne en danger, puisque dangereuse ?? Qui, diantre ?!? L'on appellera cela, sous couvert d'anonymat et de sotte convention, de "l'impuissance".. N'est-ce pas rassurant, et porteur d'espoir insensé : le voile de la pudeur s'habille dans les meilleurs boutiques de l'hypocrisie diffuse. L'honneur sera sauf, et le mort itou, et la morale sans doute autant ! Si morale il y a.. Auquel cas, où donc pourrait-elle se blottir ? Où ?? mais bon sang qui ne saurait mentir, c'est simple, comment n'y avait-on pas songé plus tôt ? (même la mort s'en était aperçue, à tel point que ça avait fini par la tuer, rendez-vous compte !!)

Où, dit-on ??

Mais, voyons : "là" ! Juste là, sous nos yeux transcendés ! ... Où le regard de la foule est juste, passablement émietté dans le viseur de tout un chacun qui s'ignore, et puis zut alors, quel est donc ce vent qui se lève encore ?.............

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