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••• É𝐜𝐨𝐭 𝐝𝐮 𝐒𝐢𝐥𝐞𝐧𝐜𝐞 •••

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😷 Littéra'tueur en série non homologué 😜


L’autre Moitié du Monde.

Publié par ¤Fil@ment¤ sur 16 Septembre 2010, 02:02am

Catégories : #*Fou d'aises & foutaises*

 

(Les Cow-boys Fringants - Les étoiles filantes - Montage de @kiki2212)
 

 

               Particule d’antimatière. C’est tout ce que tu veux être après l’amour. Ou peut-être avant. Puisque tu es origine du monde bien avant le monde, et source de ses tourments bien avant la source. C'est du moins ainsi que tu te conçois. Pas autrement, pas davantage; pas d'autre passeport que le sang qui gèle dans ton corps. Il y a si longtemps que je te connais mieux que tes jours que je ne puis traduire en quantités comestibles la somme des instants que j’ai passés à dessiner le temps qu’il nous restait, jour après jour, avant que tu ne deviennes qu’humaine. Une denrée plus fréquente que les traits qui caractérisent cette condition-là, mais néanmoins bien plus rare que la patience qu’elle nécessite avant de seulement espérer pouvoir être apprivoisée. Mais « apprivoiser » n’a jamais signifié « dompter », et j’ai du reste toujours détesté cette idée fétide et malsaine d’appartenance. Et ce, depuis qu’il y a si longtemps…

          Moi encore moins que ces autres qui ont parcouru ton arbre, il y a si longtemps  avant moi, je n'ai pouvoir sur une feuille, un tronc, une branche.  Et je n'ai nullement l'ambition d'user d'une scie comme d'une sentinelle pour démembrer ton aura paresseuse. Parce qu'assassine. Puisque trop aimante. Si prodigieusement aimante : tu ne peux être qu'amour, quand je ne puis être que fossile d'un Autre, d'un Autrui qui mieux que personne savait rendre compte, il y a si longtemps, du lien puissant qui nous maintient en contact avec les cibles mouvantes alentour. Les êtres. Les hommes. Les passants, les voyageurs, toutes ces lueurs minuscules qui font une foule de brasiers si futilement indispensables au devenir de soi comme d’Untel qui s’appelle Autrui quand il a oublié de ne s’appeler Personne. Ou de ne plus s’appeler du tout.

          Je ne puis te sauver. J'y ai renoncé sans même le savoir. Il y a si longtemps… Et, comme je me rendais furieusement compte de ma totale inaptitude à faire partie de ton salut, j'ai bifurqué, loin, dans le vestibule de nuages où tu me vois marcher aujourd'hui encore. Tu n'imagines pas ce que frustrant peut être un chemin d'où l'on voit ce que l'on pourrait ou devrait faire pour sortir de la forêt, mais qu'on n'en a ni l'envie ni la possibilité. Peut-être juste le temps, ou le besoin. Mais pas, irrémédiablement pas l'envie.  C'était il y a si longtemps maintenant. C'est si loin dans mon souvenir que le temps a eu tout le loisir de me vieillir… même si ce loisir n'a pas eu le temps d'en profiter : je ne suis d'aucun répit envers le fâcheux qui m'inonde. 

          Particule d'antimatière. Tout ce que tu promets d'être. Ton évidence est particulière, tu en as largement conscience, pourtant tu n'as jamais cherché d'antidote qui renverserait l'univers en suspension dans ce flacon de ton lit permanent. Aucun remède à l'accélération du pouls où sommeille ton cosmos. Ce qui doit arriver est voué à ne pas être contrecarré, ainsi parle la science de ton cœur spécifique. Et, résigné comme une armée de rebelles, j'abandonne l'idée de t'abandonner à ton sortilège viscéral, cette lubie magnifique de vouloir que le monde alentour fasse l'amour dans les nuages, mais c'est là mon vestibule, t'en souviens-tu ? Alors n'y compte plus, désespère de m'en déloger, trouve un autre paradis pour éduquer l'univers; c'est ici mon répit, il te faut m'y laisser, j'ai presque fini de le décorer, bientôt je marcherai dans les étoiles comme il y a si longtemps à présent…  

Mais si longtemps… J’ai baissé le monde sur le rideau de tes cris, mais ça ne change rien : tu meurs quand même. De désir,  d'un désir profondément enfoui sous la couverture satin clair de ta conscience de toi. Plutôt, d’un toi que tu te refuses à reconnaître.  J’ai beau t’assurer que c’est une fraction de toi que tu dois apprivoiser, te prendre dans mes bras immaculés de lumière fauve, rien n’y fait : tu brûles encore. De désir inassouvi. De rauques plaintes à l’adresse d’un dieu immensément nain, perdu quelque part dans l’atmosphère, un dieu que seule toi pourrais implorer pour justifier la fougue colossale autant que le plaisir désastreux que l’on prend à tenter de semer le temps. Mais on ne trompe personne, et surtout pas l’existence : à vouloir duper les années on en oublie les journées qui les égrènent pieusement. La patience ne s’apprend qu’avec le poids des chroniques qu’on a rédigées sur le mur iconoclaste du passé, un passé qui viendra encore rôder sur le tranchant de la lame de cet instant continu, où l’on balance des « je t’aime » comme une nouvelle à jeter aux oubliettes, un détritus urbain sur le sol de notre richesse intérieure, multiple, particulière.

          Des paquets entiers d’amour offerts à la bonne compréhension de l’inintelligible nature humaine. D’ailleurs, à l’heure où je récupère un nuage poussiéreux pour m’en faire un fauteuil de circonstance, je me souviens qu’un jour, il y a si longtemps, j’avais menti  à cette tromperie généralisée : je sais t’avoir juré, entre deux tortures de l’âme, que je t’aimerais par-dessus tout, jusqu’à ce que la mort nous évite d’en parler. A présent que je suis auprès d’elle, il doit y avoir prescription : il semble que je n’aie plus pour seule issue que de t’aimer malgré moi; de t’aimer plus que les forces ne permettent d’exister par-delà soi-même; t’aimer jusqu’à ce que tu consentes à éteindre le feu des flammes de tous ces enfers que nous avons disséminés sur la terre des hommes, tout le temps où nous le parcourions, libres et frugaux, pour en retirer la quintessence absolue.  Il n’y a plus de feu aujourd’hui, mais l’enfer demeure, bien plus dévorant que cent mille milliards de nos passions échelonnées au gré de nos saisons, des contrées et des humeurs. J’ai même pris tout mon temps pour délicatement mourir au son de tes silences ébahis, et, à cheval sur deux nuages attardés, j’ai le bonheur de voir ou de croire qu’il ne reste guère que le ciel émasculé pour pleuvoir de regrets à moudre au vent des vœux insatiables.

          Mais, tapi dans l’ombre d’une lumière auguste qui doit être aïeule de ton si brillant esprit, il est hors de question qu’une seule seconde tu t’imagines que je ne viens que me plaindre, invariablement et inexorablement : je n’ai jamais été moi, jamais avec toi tout du moins. Et, plus exactement, la dernière fois que je l’ai été, je batifolais sur une planète où personne, absolument personne, ne savait ni ne pouvait, a fortiori ne voulait, offrir de l’amour plus que moi. C’était il y a si longtemps… dans l’autre moitié du Monde où tu gis, ensorcelée par l’absence, envoûtée par la solitude, et ensevelie par mes soins. C’était, ma foi, il y a trop longtemps pour que je t’en parle encore sans que tu renaisses de décembre. Un jour prochain pourtant, lorsque le temps se sauvera, je te dénicherai la particule de matière qui s’imbrique parfaitement dans la passerelle qui relie ce monde-là à celui-ci, où je ne trouve même plus le temps ni l’envie de crier qu’il y a tellement longtemps d’ici, … 

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