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••• É𝐜𝐨𝐭 𝐝𝐮 𝐒𝐢𝐥𝐞𝐧𝐜𝐞 •••

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😷 Littéra'tueur en série non homologué 😜


En os troubles...

Publié par ¤Fil@ment¤ sur 1 Juillet 2009, 20:13pm

Catégories : #{Des rasoirs dérisoires}



          Il pleut dehors. On a rentré à la hâte le linge encore humide, qui séchait à l'air libre. Il pleut dehors. On a mis à l'abri les animaux domestiques : voitures, bicyclettes, tondeuses, etc. Oui, il pleut dehors. On a même pensé ensuite à déplacer les objets encombrants que nous traînions depuis des lustres (chats, chiens, chevaux, hippopotames, dinosaures, et autres inventions surannées du génie de la lampe à pétrole; même les moustiques ont trouvé grâce à nos yeux). Mais voilà qu'il pleut toujours dehors. On a rangé les outils du jardin, dans la serre, pour ne pas qu'ils rouillent au contact de l'H²O sur leur peau au pH pharaonique. Il pleut dehors. On a fait de même avec les grands-mères, dont personne n'aurait su dire si elles faisaient encore partie des meubles, ou si elles étaient déjà poussières; alors il a fallu transiger. Mais il pleut dehors. On a donc décidé de pousser la vertu jusqu'à même vouloir protéger les animaux sauvages, en plus de ceux qu'on avait domestiqués : dans la grande salle de séjour (en béton armé de courage et de patience), on a parqué femmes et enfants, y compris ceux d'entre eux qui étaient volontaires, ceux qui possédaient encore leurs intestins, et même ces quelques-uns dont on voyait le coeur sur la main et la main sur le coeur. Dehors pourtant il continue de pleuvoir. On a compris soudain qu'il nous faudrait aussi apprendre à sauver d'autres objets incongrus du quotidien nauséeux. Et, pendant qu'il pleut dehors, on a plié le ciel pour le caser dans la chambre d'amis du rez-de-chaussée, transvasé les océans dans la baignoire du premier, et fossoyé les continents dans la tirelire de nos rêves prochains, à l'étage au-dessus.

          Alors comment diable se fait-il il qu'il pleuve encore dehors ? Etant à court d'idées salutaires, on n'a écouté que notre courage et on a pris la rage à notre cou : il fallait tuer le temps avant qu'il nous tue et se mette à pleuvoir lui aussi. On ne voulait pas fuir, pas aujourd'hui qu'il pleut dehors. On s'est donc risqué à tenter le tout pour le tout, on n'en peut plus s'il pleut encore. On a cherché et trouvé la dernière jarre qui croupissait au sous-sol [ses consoeurs avaient depuis longtemps vu croître des générations entières de plantes alcooliques de toutes sortes, dans le jardin, là-dehors], et on y a jeté pèle-mêle, sans aucun souci d'ordre naturel des choses, la terre, les mers et les cieux. Les continents, les océans, et le ciel. Avec tout ce qu'il pleut dehors depuis qu'on essaie de se sauver des os, il ne peut plus rien nous arriver. En réalité, si : il pleut encore. Nous arriver quelquechose. Dehors. Très bien, au diable les doutes, adieu les certitudes. A dieu vat. On n'était plus sûr de rien, mais il nous fallait quand même nous en assurer : on a donc placé le vase -ainsi habillé de ses pimpantes graines- à bonne distance de la maison, à mi-chemin entre la folie douce et la folie pure, et on a attendu de voir ce qu'il se passerait. La pluie se chargera de procréer la nouvelle Arche de l'Alliance, mais Noé n'y sera pour rien cette fois. On a ainsi regardé pousser le nouveau monde, on a vu le monde nouveau pousser sans qu'aucun vent n'amène les nouvelles du monde, et, sous nos yeux prêts-à-poster, l'univers prêt-à-porter se tenait à fleur de peau sur le rebord de son vase. Lorsque la première feuille de vigne est apparue à sa surface du monde, le récipient nous fit office de matrice originelle. On était bien. On aurait presque pleuré. Mais il était acquis que les larmes du ciel cacheront celles de l'homme. Du reste, il n'y avait guère de ciel, pas plus que d'homme, dans ce jardin où il pleut dehors. On pleurera plus tard. Pour l'heure, on avait compris qu'on était sauvés des os. Et on s'est encore trempé. Ce vase nous a trompés. Il pleut toujours dehors, et même plus que d'horizon, lorsqu'on a senti déferler sur nous la montée des os. Et là, prenant conscience qu'on ne pouvait plus rien échafauder  pour déverser notre colère contre cette pluie rancunière, on est montés au premier, où dormait l'ombre d'un soleil d'antan, et par habitude on a salué le miroir du vestibule. C'est à ce moment-là qu'on a perçu la perte des os qu'il semblait nous rester : on était des fantômes à présent, et puis mince, il n'a jamais plu dehors.
          Il ne pleut pas dehors, on EST dehors. Dehors, c'est (en) nous. Et il ne pleut qu'à l'intérieur. De nous. Maintenant c'est sûr : on ne fera pas de vieux os. Nous sommes à présent en nage, tant nous suffoquons dans notre puits d'ignorance; nous allons bien finir par réussir à y noyer notre inconstance.
En nage, oui.. En âge de ne pas l'avoir compris plus tôt.

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