Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

••• É𝐜𝐨𝐭 𝐝𝐮 𝐒𝐢𝐥𝐞𝐧𝐜𝐞 •••

••• É𝐜𝐨𝐭 𝐝𝐮 𝐒𝐢𝐥𝐞𝐧𝐜𝐞 •••

😷 Littéra'tueur en série non homologué 😜


Deuteropotmos

Publié par Cabinet des Dr House, Dr No & Dr Mabool sur 20 Octobre 2009, 18:19pm

Catégories : #Whoever I am not



       


         
Je suis née cette nuit derrière le souvenir d'une autre. Par la grâce de la mémoire comateuse d'un lit, et aussi beaucoup par hasard. J'ai rencontré ma mère au point ultime de ses souffrances, celles qui ont fait que je ne pouvais plus lui en vouloir d'avoir ainsi forcé le destin, le sien comme le mien. Elle m'a souri, comme pour mieux graver sans ses yeux fatigués la trace de son dernier refuge, juste avant que son corps ne passe l'aspirateur dans cette ville en chantier permanent. Je lui ai rendu son sourire, tout pendant que j'apercevais son spectre en lambeaux regagner la terre ferme de nos lointains descendants d'hiver. Comme elle était belle à l'agonie, me suis-je surprise à penser, et, réalisant combien cette réflexion était douteuse, si nauséeuse, je lui souris d'autant plus haut que son âme escaladait à présent les étoiles d'antan. Un dernier regard, un dernier salut, comme une offrande que je ferai dorénavant à tout jamais. Un perpétuel deuil en silence, quand même mon silence sera en deuil.

Car je lui dois bien plus que la vie. Plus que la réincarnation subite de la vie qu'elle a répandue ici, je suis le prolongement évident de son chemin, la suite de son histoire. Plus qu'un parent matriciel, elle est mon commencement prégnant. Ma naissance nouvelle, mon avenir surgi du fin fond de notre essence commune. Comme une plate-forme bâtie au large d'un fougueux océan par des tonnes d'hommes ensablés dans leur seul appétit pécuniaire, ma mère m'a léguée un tsunami de bons sentiments lorsqu’elle a lâché le sceptre de la vie; elle a eu beau me donner le jour, c'est pourtant elle le fruit de mes entrailles, et le regard constant que, depuis cette nuit, je porte sur le planisphère alentour est brodé aux perles de ses yeux contigus.

 

        Mais elle ne m'a pas dit comment me servir de cette fortune intérieure. Cette fontaine abondante de joie, de sérénité et d'optimisme innés, où était-elle censée déverser son flot impétueux d'espérances et de grandioses desseins ? Qu'elle n'ait pas eu le temps de m'enseigner m'a fait un instant supposer que c'était à moi, sa propre fille des limbes lévogyres, de le découvrir à l'aune du chemin que j'aurais pris en calquant mes pas sur les empreintes qu'elle avait laissées dans le miroir d'une existence parallèle. Mais non, j'étais déjà perdue, à peine éclose, et un violent sentiment de panique me submergea au moment où je passai la porte de cette bâtisse qui avait cru ensevelir pour toujours la mémoire de ma mère, et, lorsque mes yeux furent soudain happés par la puissance de la lumière du dehors, je crus cesser de renaître et devoir rendre son âme à mon origine du monde en couches : que vais-je faire de tout cet amour ???

Le rendre à la poussière, ou le transformer en haine savante…… ?

 

          Aurai-je assez d’une vie pour distribuer toutes ces gemmes, comme ce logotype figurant la Semeuse d’un célèbre dictionnaire ? Je en voudrais pas être née pour rien, si je suis là c’est sans doute parce que je ne suis pas Ailleurs. Et puis… Je le dois à ma mère, elle-seule sait mon enfantement, elle-seule nourrit ma mémoire des rémanences prochaines. Il me tarde de faire tourner des yeux la mappemonde pour la regarder au fond du cœur et lui montrer toute l’étendue de mon talon d’Achille : sans volonté, le choix d’Aimer se révèlera aussi vain que ma reine-essence. Je ne pleurerai plus dans les lianes du cosmos, je suis venue pour rendre grâce à l’insondable beauté de l’Inutile, et si pour cela je dois renier les mamelles de feu ma mère, je veux bien, pour la toute dernière fois avant la prochaine, me faire poubelle des déliquescences joviales qui encombrent le parvis de ce monde émietté par la puissance de ses découvertes apocalyptiques. Je n’ai pas besoin d’aide : ma mère veille sur moi, comme je veille sur son troupeau. Panurge est mon étoile du Berger,    mais je n’hébergerai plus que les astres qui scintillent dans la clarté opaque de leurs douleurs silencieuses, je délaisse les étoiles autoproclamées qui ne savent briller que lorsque le ciel est clair, que le soleil amplifie artificiellement leur lueur blafarde  et que leurs divinités salvatrices ne brillent que par leur absence d’Esprit. Je tiens ça de ma mère, qui elle-même la tenait de ma descendance iconoclaste.

 

Oui, je tiens cela de toi, Mère chérie. Je protège ton âme. Je défends ta mémoire. J’absous le silence, et m’attèle à la seule tâche que tu n’aies pas eu le temps de mener à bien : copuler avec la bêtise pour engendrer le Parfait. Il est naturel que tu n’y sois pas parvenue en ton temps : c’est une œuvre aussi illusoire qu’indispensable, et là où, faute de temps, tu avais échoué dans cette maïeutique permanente, , je viendrai fleurir l’univers de tes étincelles de pluie désespérée, et tu verras qu’il y poussera enfin l’être à qui tu avais prévu, de prime origine, de donner le jour, en lieu et place de la simple fiancée du monde que je suis appelée à devenir. Encore heureux qu’il soit juste assez tôt que je le réalise avant de procréer la tolérance sur les draps maculés de plasma vernaculaire où, solidaire et enfin consciente des efforts à faire pour que vivre soit autre chose qu’un pensum quotidien, j’accouche à mon tour de l’Espoir.

 D’ici-là bien sûr, le chemin promet d’être long… Que m’importe le prix, pourvu que j’en connaisse le coût, que je sois prête à le payer, et que la valeur s’apprécie à la seule aune de la monnaie Ultime. La véritable, l’intemporelle et l’inassouvie devise après laquelle tu as couru, toutes ces lunes perdues. Qu’il est précieux à présent pour moi de le savoir et de l’essaimer aux firmaments de ton placenta sans frontières.

Qu’il est doux de m’aventurer dans le brouillard des hommes pour me faire soubrette de l’Amour inconditionnel. Je n’aurai pas besoin de prendre des souvenirs à ton intention : ils sont gravés dans mon âme depuis que tu seras à jamais ma mère.
Je connais ma naissance, je connais mon essence.

Petite et Grandiose maman, je suis née pour te donner le jour. J’étais l’Histoire, tu es le Livre, à nous deux nous émasculerons la haine. N’a-t-on pas le droit de faire semblant d’y croire plus d’une éternité ?

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

n3utrin@ 22/10/2009 14:55


Cet Amour, on le porte à qui en veut, qui en veut...? Trop lourd à porter parfois, il
vaut même plus en poids que la Haine."Je ne voudrais pas être née pour rien,
si je suis là c’est sans doute parce que je ne suis pas Ailleurs." On peut être partout à la fois, dans cette drôle de vie. Faut juste ne pas marcher trop longtemps sur le fil du rasoir...
Merci aux mamans, et aux mamans des mamans, et...
merci à toi (f)


lenouvelobs 21/10/2009 00:07


on dirait du mauvais delerm!! et comme je trouve delerm déjà très mauvais, autant dire que tu aurais pu t'abstenir!!


Nous sommes sociaux !