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••• É𝐜𝐨𝐭 𝐝𝐮 𝐒𝐢𝐥𝐞𝐧𝐜𝐞 •••

••• É𝐜𝐨𝐭 𝐝𝐮 𝐒𝐢𝐥𝐞𝐧𝐜𝐞 •••

😷 Littéra'tueur en série non homologué 😜


*Made in Headland / Fabriqué dans nos têtes*

Publié par Fil@ment sur 1 Décembre 2009, 17:49pm

Catégories : #Souven@nces ()





          Ce qu'il est plaisant d'emmagasiner des souvenirs avant même qu'ils aient eu une seule chance d'être lâchés dans la nature sauvage de leurs manufacturiers.
Plaisant, et peut-être, et surtout, usant. Pas assez pourtant pour empêcher l'usine de tourner à pleins régimes. L'usine à souvenirs que personne ne se rappelle avoir oubliés, celle dont les plans ont été effacés par les sauts de puces immémoriaux du temps. Mais ce temps-là n'a pas plus de mémoire que les puces enfichées dans le cartilage labyrinthique de nos biographies spontanées : nous ne lirons jamais nos Mémoires, je viens juste de m'en souvenir en allant imprimer sur la rétine de mon cerveau tromple-l'oeil les prochains épisodes des histoires qui alimenteront la dernière eschatologie en date, celle qui, une fois de plus, nous laissera sur notre faim d'un monde qui n'a jamais cessé de ne pas nous appartenir en dehors des limites clairement circonscrites par l'angle panoramique de nos nuits passées sur le divan du silence filamenteur.
Avons-nous souvenance de notre cruelle douceur lorsque nous cherchons un semblant de paix, tapie au fin fond de nos âges à défaut de nos coeurs ? Lorsqu'un dieu plonge sa main dans l'univers qu'il aurait créé, a-t-il une érection en constatant tout le mal qui y vit bien, ou tout le bien qui y survit si mal ? Et vous, chère icône de notre passé diluvien, quels crochets de temps allez-vous mettre pour vous apercevoir que vous ne voulez de nous que comme souvenirs ? Méfiez-vous, vous n'avez pas toute la vie pour mourir, vous n'avez que le temps pour persister à en perdre, tout comme nous nous sommes perdus à nous souvenir d'un demain qui ne sera jamais, car construit avant qu'il naisse, bâti sur un socle aussi argileux que la foi que nous aurions placée en nous-même. S'il pleut demain, seront-ce les nuages d'hier qui auraient fabriqué le désert d'aujourd'hui ? Les caprices de notre temps se meurent indéfiniment dans un océan de soupirs, et le ciel obséquieux prend toujours l'amer pour témoin silencieux de sa mise en terre, comme on enterre encore, ici ou là, et toujours au su et au vu de notre ignorance, nos souvenirs à la pelle.
C'est l'automne dans la malle à mémoires, qui prépare déjà le printemps d'avant. L'été d'un autre jour. L'hiver d'après. Nos vies prochaines, et nos secondes perdues. Nos secondes chances. L'usine tourne vraiment à pleins régimes, et moi, je renonce à en trouver les rouages. Tu me dirais sûrement : "mais tu n'as pas à le faire, tu ne dois pas chercher midi à quatorze heures, tu devrais plutôt..." Oui, je sais bien ce que je devrais : ne rien te devoir, ne rien te laisser, mais surtout te laisser le souvenir que tu ne me dois rien.
Il n'empêche, imaginer une érection divine... ça nous ferait un sacré souvenir. Au moins pour le futur hiver du siècle dernier, ou l'automne passé maître dans l'art de se planter dans le décor obsolète de notre lune de miel sous la Grande Ourse, qui dévorera et la lune et le miel, ne nous laissant... que des souvenirs de nos oursins d'échanges. Un rouage de plus dans le mécanisme abscons de cette usine clefs en mains.
Ce qu'il est plaisant d'imaginer la fermeture de cette usine-là.. Mais aucun risque qu'elle soit délocalisée : la main-d'oeuvre est universellement bon marché. Et notre rancoeur aussi.

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