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••• É𝐜𝐨𝐭 𝐝𝐮 𝐒𝐢𝐥𝐞𝐧𝐜𝐞 •••

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😷 Littéra'tueur en série non homologué 😜


Marché des Martyrs.

Publié par Fil@ment sur 26 Mai 2009, 14:06pm

Catégories : #Souven@nces ()

 


Ici, quand la nuit tombe,                                    
On peut en voir l'impact :
C'est celui de vos bombes
Sur nos foules compactes
(...)


Source image : http://www.moto-net.com/p_route.php?route=turquie



          Ces mots m'étaient venus un après-midi d'automne. Sarajevo, en Bosnie-Herzégovine. Le groupe irlandais U2 donnait un concert humanitaire, sur le stade de cette ville meurtrie, et je n'ai même pas pu y assister : priorité aux gradés, aux passe-droit et autres 'V.I.P'. Nous autres sans-grades, nous avions juste le droit de ne pas en être, après tout nous n'étions que des 'appelés'. Soldats de l'OTAN... Au temps pour moi : OTAN en importe le vent, si j'en juge par ma mémoire rétroactive..
          Ces mots devaient être une chanson, qui n'aurait certes jamais rivalisé avec le rock salvateur de Bono et de sa bande. Mais ils m'étaient inspirés par ce marché de Sarajevo où nous avions super-marché tout une journée. Un obus y était tombé pendant le conflit d'amour qui opposait des êtres plus ou moins humains, et y avait terrassé bon nombre de ces êtres, des civils pour la plupart. Bilan officiel : 68 morts et près de 200 blessés. Ce 23 septembre 1997 résonnait sous nos pas tranquilles, trop tranquilles au regard de ce 5 février 1994. La place était presque 'normale', ensoleillée et calme. Trop calme. Combien d'entre nous avaient en tête le massacre qui s'était produit là 43 mois auparavant ? Qui se souvenait encore des enfants croulant sous le poids de l'intolérance, de la violence aveugle et de la haine ethnico-religieuse ? Celui qui hier jouait avec toi est aujourd'hui ton bourreau : sera-t-il demain ton sauveur ou ton juge ou ton défenseur ou .... ? J'aurais bien aimé entendre le discours de Bono dans ce stade éventré, éventé, inventé pour la cause. Humanitaire elle devait être. Le fut-elle ? La nôtre autant que celle de U2, sans doute... Les moyens étaient différents, la finalité était la même pourtant. Du moins avais-je dû le penser, comme pour me persuader de l'utilité de notre présence en cet endroit, en  cet instant.
          Ces mots auraient dû me venir plus facilement, plus automatiquement; ils s'étaient offerts à moi plus... lâchement. Cette guerre n'était pas la mienne, mais mon coeur était en guerre. Perpétuelle. Contre tous les Sarajevos du monde, de toutes les époques et de toutes les surfaces de cette terre sur laquelle d'un stade l'on fait un cimetière. Et ces mots me sont restés longtemps après la fin de leur guerre, jusqu'à la fin de la mienne : le jour où mon coeur a cessé de battre la mesure d'une chanson que je n'ai jamais écrite en mémoire de ces enfants dont j'ai croisé les âmes apeurées un après-midi automnal, à l'endroit-même où elles venaient flâner quand elles avaient encore un corps, et moi un coeur. Et l'homme citoyen un esprit, une intelligence, un avenir, une espérance. Avant que d'être belliqueux au nom d'une foi, d'un territoire, d'un passé, d'un désespoir. Au marché des martyrs / on ne vend que son âme; au lieu de voir partir / l'enfant qui rendit l'âme / ôtée par un canon / qui ne dit pas son nom. Au revoir les enfants ! Et merci, Bono, de n'avoir jamais perdu la flamme.

Voici que la nuit tombe,
Sur les charniers de Nous,
Et pas une colombe
Pour témoigner de Nous...

          Ce devaient être leurs derniers mots. Leur tout derniers maux. Qu'ils soient heureux là où ils ne sont plus; je suis malheureux là où je suis... mais je suis en vie. Peuvent-ils en dire OTAN ?...

 
Source Image : http://nucnuc.wordpress.com/category/bosniaques/ 
Superbe, ce montage, je trouve.... Même si c'est malheureux à dire, vu le sujet.

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C
Il est hyper émouvant ton texte , Philippe.Tes photos, tes mots.Cette chanson.La guerre est un mal qui déshonore le genre humain.Je te cite Victor Hugo...croyance ou pas... j'ai aimé cette phrase."Depuis six mille ans , la guerre plaît aux peuples querelleurs , et Dieu perd son temps à faire les étoiles et les fleurs".En aucun cas , la guerre n'est un but par elle- même . On ne se bat jamais paradoxalement que pour engendrer la paix, une certaine forme de paix.Cassy.
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