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••• É𝐜𝐨𝐭 𝐝𝐮 𝐒𝐢𝐥𝐞𝐧𝐜𝐞 •••

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😷 Littéra'tueur en série non homologué 😜


"Donne-moi quelque chose qui ne meure pas" (*)

Publié par Philament sur 26 Décembre 2016, 19:24pm

Catégories : #{Des rasoirs dérisoires}, #Un tout petit mot ment.., #Poétisanes !

Illustration sonore : © Katie Melua, "If You Were a Sailboat" - ® YouTube

(*) Titre d'un ouvrage de Christian Bobin, dont je suis un admirateur (presque) inconditionnel. (J'expliciterai ce "presque" un jour où je n'aurai plus de comptes à rendre qu'à Vivre !)

 

                    Tu ne seras plus jamais là, pas vrai ? Cette nuit, comme toutes celles d'avant depuis mille lunes, je n'avais rien à faire d'autre qu'à la subir, j'ai donc compté les étoiles : tu n'y étais plus, et j'ai compris que tu t'étais encore dérobée à toi-même. Sans avoir pris soin, comme tu sais si bien ne jamais le faire, de me tenir informé de ton énième voyage en pays du suicide par omission stellaire. Je t'aurais tellement gardée près d'une de ces cheminées, tu sais celles dont on se sert pour fabriquer un cœur de neige et de cendres, le soir de leur Noël... Tu t'en tiens si loin pourtant, toujours, toujours ; car c'est là un chemin que seule toi es condamnée à emprunter, pour que continuent à vivre, parmi les Hommes, de sempiternelles promesses impossibles à tenir. Et pour cause. D'autant plus quand la cause est entendue, a fortiori quand elle est perdue...

                      ... Il n'empêche : c'est un trou, là, à droite de l'estomac ; mais alors à droite en partant d'en haut à gauche de cette fichue page blanche ; c'est un trou, et jamais tu ne le combleras mieux qu'en n'en sortant qu'aux élégiaques lueurs d'autrefois, lorsque les étoiles n'étaient pas encore de ce monde ; et qu'il n'y avait plus guère que l'insolent espoir qu'elles consentent  à l'illuminer un jour pour prétendre encore s'en satisfaire. Mais loin, si loin est ce temps à présent, perdu dans des interstices que l'éternité se charge de récupérer à seule fin d'en parfaire sa boucle temporelle. Sublime imposture que celle-là, et ignoble mécréante que celle-ci : elles ne t'arriveront jamais à la cheville des ouvrières du Temps, de l'unique Temps qui compte à mes yeux énamourés par ton Absence. Qu'importe que personne ne tienne à évoquer ce Manque, de peur qu'il ne leur rappelle le leur ; tant que tu le fais vivre plus haut que toutes leurs chansons d'amour sous vide, rien ne saurait m'atteindre mieux que l'infinie douceur dont tu fais preuve, lorsque le jour égrène son chapelet de minutes, là, sur la tombe du seul souvenir de toi que je consens à garder. À ne garder que pour ce qu'il reste de vivre, autant qu'à vivre. Alors, alors... Étoile-qui-ne-viendra-plus-jamais-(pas-vrai ?), je t'en conjure : petite fois encore -et ultime fois sans doute-, "Donne-moi quelque chose" qui ressemble à Vivre. Quelque chose qui tienne dans la paume de la main du diable auquel tu t'es vouée. Quelque chose qui ne dise son nom qu'au Silence. Quelque chose qui meure bien après toi. Bien au-delà de toi. Mais Donne-moi quelque chose qui ne meure pas. Pas tout de suite. Demain peut-être ; bientôt sûrement ; jamais c'est certain. "I miss you so much." Quelque chose qui ne se dit pas, quelque chose qui ne se donne pas. Quelque  chose qui porte ton nom, ta voix, ton message et ton parfum. Ton souvenir, ta mémoire et ton éternité. Quelque chose qui n'en finit plus de mourir. Mais qui ne meurt pas. Qui ne meure pas. Quelque chose qui soit, mais qui n'est pas. Quelque chose qui ressemble à la dilection, mais qui n'est plus que déréliction. Donne-moi quelque chose qui n'existe pas. 

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